Association Renaissance Catholique

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Renaissance Catholique n° 148


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Article paru dans le quotidien Présent

À propos de la supplique filiale au pape François

Jean-Pierre Maugendre



1. Avec ce Synode, ne verrait-on pas se rejouer le drame de Vatican II confisqué par une minorité libérale ?

Le drame du concile, comme l’a admirablement démontré le professeur De Mattei dans son ouvrage : Vatican II. Une histoire à écrire est en effet qu’une minorité libérale, agissante et organisée, a réussi, avec la bienveillance de l’autorité suprême, à imposer sa volonté à une minorité conservatrice inorganisée et surtout à une majorité d’évêques dépassés par les enjeux. L’analogie entre le fonctionnement du synode et celui du concile semble donc légitime sous deux aspects : d’une part la partialité des instances régulatrices, d’autre part les entorses au mode de fonctionnement régulier prévu initialement. L’un des vice-présidents du Synode, a bien relevé cette analogie : « Plusieurs pères synodaux ont affirmé avoir senti l’esprit du Concile Vatican II »

2. Nous avons assisté à un véritable galvaudage des mots « miséricorde » et « pastorale ». Quels sont les enjeux de ce combat sémantique ?

Si le mot miséricorde est d’usage très ancien, celui de « pastorale » semble bien plus récent et marqué par la phraséologie de l’Action Catholique du XXe siècle. Il y aurait d’une part la doctrine, par nature intouchable et éthérée, d’autant plus intouchable qu’éthérée et d’autre part les réalités concrètes qu’il faudrait prendre en compte sans juger aucune situation ni personne, seule devant être prise en compte la droiture de l’intention. C’est une vision dialectique que d’opposer ainsi la doctrine à la pastorale.

A la femme adultère le Christ affirme (Jn, I, 11) « Moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus. » Il semble que certaines autorités ecclésiastiques n’aient retenu que la première partie de cette affirmation.

3. Cardinal Kasper VS Cardinal Burke. Ce synode a mis au jour une vraie bataille doctrinale. Qu’en pensez-vous ?

Je crains que l’origine de ces désaccords ne soit encore plus tragique que ce qu’il apparaît. En effet la pensée traditionnelle de l’Église prend en compte trois éléments que ne peuvent supporter ni la société moderne ni les hommes d’Église qui veulent s’en accommoder.

Le péché est une réalité. Il existe des actes objectivement bons et d’autres mauvais indépendamment des intentions de leurs auteurs qui peuvent être des circonstances atténuantes ou aggravantes.

La grâce sacramentelle du mariage donne effectivement aux conjoints les grâces actuelles nécessaires pour remplir les obligations qui découlent de leur état.

Enfin il n’y a pas de vie chrétienne sans croix. Le monde moderne refuse la croix du Christ, « scandale pour les Juifs, folie pour les païens » (1 co I, 23)

4. Selon le Cardinal Baldisseri, le Pape François a vu et approuvé les documents les plus controversés du Synode avant leur publication... 

Il semble que ce soit effectivement la réalité des faits, le pape souhaitant « ouvrir les débats... » Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’Église est à la fois un Miracle selon l’expression du père Sertillanges (o.p.) et un Mystère selon celle du père Clérissac (o.p.). Les comportements de certains hommes d’Église à travers l’histoire, y compris le successeur de Pierre, ont déjà plongé les fidèles dans des abîmes de perplexité. Le comportement du pape Libère lors de la crise arienne est encore maintenant, nous dirons délicatement, largement sujet à discussion, les déclarations du pape Jean XXII (1316-1334) comme docteur privé sur la vision béatifique après la mort étaient parfaitement hétérodoxes ; nous jetterons un voile pudique sur le comportement personnel d’un certain nombre de papes de la Renaissance dont le plus célèbre fut Alexandre VI Borgia. Tout cela ne doit pas nous troubler mais nous conforter dans la nécessité de l’étude de l’enseignement constant de l’Église et la prière aux intentions du souverain pontife. Comme le disait le cardinal Consalvi à Napoléon qui se vantait de pouvoir détruire l’Église : « Non, vous ne le pourrez pas. Nous-mêmes nous n’y avons pas réussi. »

5. Le Cardinal Burke a affirmé qu’il résisterait si le Pape persistait dans cette direction. Il a d’ailleurs, comme vous, signé une Supplique Filiale au Pape sur l’avenir de la famille. Pouvez-vous nous présenter ce texte ?

Ce texte s’adresse au pape François. Il prend acte que depuis plusieurs décennies « le modèle chaste et fécond de famille prêché par l’Évangile et conforme à l’ordre naturel » a été attaqué par de « puissantes organisations et des forces politiques et médiatiques. » Loin de conforter les fidèles à Demeurer dans la vérité du Christ, pour reprendre le titre de l’ouvrage consacré à ces questions par les cardinaux Brandmuller, Muller, Caffara, De Paolis et Burke, le synode sur la famille d’octobre 2014 a envisagé de permettre l’accès à la communion des divorcés remariés ainsi que l’acceptation des unions homosexuelles. Le risque semble exister que ces « ouvertures » soient avalisées par le prochain synode sur la famille prévu en octobre 2015. Les signataires supplient à genoux le successeur de Pierre d’être fidèle à sa mission de « conforter ses frères dans la foi » (Luc XXII, 32) en rappelant solennellement l’enseignement de l’Église sur la famille et le mariage.

6. Selon vous, quelle peut être l’efficacité d’une telle démarche ?

Nous sommes les brebis du troupeau qui interrogent respectueusement leur pasteur. Nous ne pouvons que nous réjouir du zèle qui anime le pasteur qui part à la recherche de la brebis perdue pour la ramener dans le troupeau (Lc, XV, 1-7). Cependant comme l’écrivait Alain Besançon, peu suspect d’intégrisme catholique, dans sa préface à l’ouvrage du père Moussali La croix et le croissant : « Il a pu paraître beau et même sublime de se proclamer « évêque des autres ». « Évêque des siens », pour être moins sublime et plus humble est un éloge qui vaut la peine d’être recherché. » Nous ne sommes pas appelés à avoir du succès, nous sommes appelés à être fidèles. Or cette fidélité n’est pas acquise ad vitam aeternam. Elle est une acceptation de chaque instant à la volonté de Dieu sur nous, acceptation soutenue par la vie sacramentelle et la prière qui a aussi besoin des encouragements et de la reconnaissance du Pontife Suprême. Il ne faudrait pas que le troupeau se disperse pendant que le pasteur ne semble préoccupé que par la brebis perdue…






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Mise à jour le 3 mars 2015