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Deux défis majeurs pour la France par Laurent Dandrieu et François Billot de Lochner
Lundi 27 mars à 20 h 30 au Théâtre Montansier, 13 rue des réservoirs 78000 Versailles

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Renaissance Catholique n° 145


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Editorial de la revue n°106

Benoît XVI poserait-il problème aux journalistes et aux politiciens ?

Note originale au concert médiatique

En route vers Damas, où il a reçu mission d’éliminer les disciples du Christ, Saül est mis à terre de son cheval et une voix venue de la nuée l’interroge : “Saül, Saül pourquoi me persécutes-tu ?”. Le Christ manifeste ainsi que “de l’Église et du Christ c’est tout un” (sainte Jeanne d’Arc). Les cérémonies liturgiques de la Semaine Sainte nous ont rappelé les souffrances indicibles que le Christ a subies avant d’accéder à la gloire de sa Résurrection.

Globalement, depuis le Concile et son discours de clôture prononcé par Paul VI, le 7 décembre 1965 : “Un courant d’affection et d’admiration a débordé du Concile sur le monde humain moderne”, l’Église avait pris son parti d’être “interlocutrice et non régente” selon Mgr Vilnet alors Président de la Conférence des évêques de France. à ce titre, il était admis qu’elle apportât sa note originale au concert médiatique, à condition de savoir s’associer aux grandes causes nationales et internationales : la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ou contre le sida, la promotion des Droits de l’homme…

Ce consensus a volé en éclat depuis quelques mois suite à trois événements de nature bien différente :

  • la levée de l’excommunication des quatre évêques sacrés sans mandat pontifical par Mgr Lefebvre en 1988,
  • le rappel, par l’ordinaire du lieu, des peines d’excommunication encourues par les parents et les médecins qui avaient procédé à l’avortement d’une fillette de 9 ans, violée par son beau-père à Recife (Brésil),
  • l’affirmation par Benoît XVI, lors de son voyage en Afrique, que l’“on ne peut résoudre ce fléau (le sida) avec la distribution de préservatifs : au contraire le risque est d’accroître le problème”.

L’inquisition médiatique s’est mise en branle. Les ennemis traditionnels de l’Église ont déchiré leurs vêtements : “Il a blasphémé” ! Lorsque l’abbé Pierre, soutenant son ami Roger Garaudy, auteur des Mythes fondateurs de la politique israélienne, avait tenu des propos analogues à ceux de Mgr Williamson, ceux-ci n’avaient, au regard du tsunami médiatique que nous avons connu, provoqué que de modestes vaguelettes. Est-il besoin de souligner que la notoriété de l’évêque anglais et celle du prêtre français, vedette médiatique, sont sans commune mesure ?

Les “saucissonneurs” du Vendredi Saint se sont scandalisés, d’abord de la levée avec tant de légèreté (selon eux) d’une excommunication ; ensuite de la rudesse de son rappel dans un autre cas. Comme si, pour eux, le fait de ne plus pouvoir approcher des sacrements était un supplice à l’égal du pal ou du bûcher. Hypocrites !

Les faux dévots, les catholiques mondains, y sont allés de leur petite fiente. Le Parlement belge s’est inquiété des “propos dangereux et irresponsables du pape”. Alain Juppé a déclaré : “Ce pape commence à poser un vrai problème”.

Le plus douloureux est sans doute, cependant, dans ces circonstances, l’attitude de certains évêques. L’épiscopat allemand s’est distingué en évoquant les “pannes irresponsables” et en souhaitant un “changement dans la stratégie et la communication romaine”. Le cardinal Lehmann est allé jusqu’à déclarer : “Le pape me fait mal”. à Paris, le cardinal Vingt-Trois a dénoncé “les dysfonctionnements évidents des services concernés” à propos de l’affaire Williamson. Les chantres du dialogue et de l’œcuménisme envers les frères séparés qui auraient dû se réjouir du geste fait pour rechercher la “brebis perdue” n’ont au contraire parlé que de “tristesse et de déception” (cardinal Vingt-Trois, discours inaugural de l’Assemblée de printemps de la conférence des évêques de France, le 31 mars 2009, à Lourdes).

Les offices de la Semaine Sainte nous ont donné la clé de lecture de ces événements tragiques. Alors que le Christ s’apprête à entrer en agonie au jardin des Oliviers, après avoir célébré la première messe de l’histoire de l’humanité et consacré les apôtres évêques, il quitte la solitude de la prière, se tourne vers ses disciples et les trouve endormis, invenit eos dormientes. Dans quelques heures, Judas le trahira, saint Pierre le reniera et, parmi le collège apostolique, seul saint Jean sera au pied de la Croix avec les saintes femmes.

Beati mites, “bienheureux les doux, car ils posséderont la terre”. Ces “doux” représentent le serviteur souffrant d’Isaïe, l’agneau mené à l’abattoir, le Christ portant sa croix vers le Golgotha mais aussi le pape Benoît XVI au visage souriant et paisible.

Le disciple n’est pas au-dessus du maître. Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi, nous avait enseigné le divin maître.

L’ennemi de l’homme a compris que l’“admiration” de l’Église pour le monde moderne n’est plus de mise aujourd’hui. Ce qui est à l’ordre du jour, c’est Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. La lutte sera implacable. Les événements récents ont procédé à une redistribution des rôles au sein même de l’Église. Comme l’a noté Jean Madiran, le drame de ce jour est qu’il existe un pape pour deux Églises ; la situation ne date pas d’aujourd’hui, cependant les lignes de partage se sont déplacées. à l’opposition, Église “conciliaire” / Église “intégriste”, se substitue peu à peu une ligne de partage Église traditionnelle / Église moderniste. à une ligne de fracture juridique –“les excommunications”– se substitue peu à peu une ligne de partage mettant en jeu la foi et la morale et, peut-être plus profondément, les relations de l’Église avec le monde profane. Cette ligne de partage se manifeste partout : dans les paroisses, parmi les épiscopats, dans le Sacré-Collège, à la curie romaine…

Face au déchaînement hystérique de la meute médiatique, Benoît XVI sait que, dans la défense de la foi et de la morale, le soutien de l’ensemble des communautés et des fidèles traditionalistes lui est acquis, ce qui est loin d’être le cas de l’ensemble du reste de l’Église, clercs et laïcs confondus. Cela ne suffit certes pas à résoudre les questions doctrinales, en particulier sur le concile, qui restent à débattre, mais cela crée un autre climat.

Notons que certains publicistes, aux bonnes intentions évidentes, ont, à propos de la levée des excommunications, évoqué le geste du père accueillant l’enfant prodigue et pardonnant les fautes passées. Cette analogie ne me semble reposer sur rien de sérieux. Dans la parabole évangélique, le père de famille s’occupe consciencieusement de son domaine avec son fils aîné pendant que le fils prodigue part dilapider sa part d’héritage dans les plaisirs et la débauche. Assimiler la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X à un fils indigne dilapidant le patrimoine familial pendant que le maître, fidèle à sa mission, continuerait à gérer et à faire prospérer le domaine, est une analogie qui n’a aucun lien avec la réalité.

La juste parabole me semblerait plutôt être celle d’un maître faible et sans autorité, qui laisse des foules de parasites et de gens de mauvaise vie envahir le domaine et “ravager les vignes du Seigneur”. Un fils se dresse contre cet abandon, se heurte à son père et maintient dans une partie du domaine les principes qui avaient fait la grandeur de la maison. Le domaine dévasté, le maître de famille se tourne vers son fils, fidèle aux traditions familiales malgré sa désobéissance, pour l’aider à relever la maison…

Dès son élection, Benoît XVI nous avait prévenus : “Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups”. Les loups sont lâchés. Le froment va être passé au crible. La fidélité au vicaire du Christ sera, comme toujours, depuis 2000 ans le véritable révélateur de la fidélité au Christ.

L’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis, l’incompréhension totale par Nicolas Sarkozy de ce que peut être une famille naturelle, les enjeux financiers de l’industrie du sexe (préservatif, pilule, pornographie…), la montée en pression continue d’un islam “sûr de lui et dominateur”, le renouveau d’une laïcité militante et agressive sont quelques-uns des défis majeurs auxquels l’Église sera confrontée dans les années à venir.

Benoît XVI vient de montrer au monde qu’il ne sacrifierait pas aux nouvelles idoles du relativisme éthique et de la pensée unique totalitaire. Dans l’Occident qui fut chrétien, le temps des vexations va sans doute laisser place à celui des persécutions. Le pape et l’Église ont besoin de nos prières, de nos sacrifices, de nos fidélités, de nos témoignages, de notre générosité. Sont-ils à la mesure de l’ampleur et des enjeux de la bataille en cours ? Souhaitons-le !

Jean-Pierre Maugendre






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Mise à jour le 20 mai 2009