Association Renaissance Catholique

Agenda

Répondre aux défis du monde moderne - Formation pour les 16 - 25 ans
du samedi 28 octobre au mercredi 1er novembre 2017

Nouveauté


Géographie pour les enfants


L'association

Renaissance Catholique est un mouvement de laïcs qui agit pour la défense de la vie et de la famille et œuvre pour la restauration des valeurs chrétiennes dans la société française.

Lettre d’informations

Adhésion

Abonnement

Don

Renaissance Catholique
13 avenue de la Paix
92130 Issy-Les-Moulineaux

Téléphone : 01 47 36 17 36

nous contacter

 


Extrait du numéro 113 de la revue Renaissance Catholique

Église et immigration

Entre permanence et variation

Le monstre du Loch Ness ayant définitivement disparu des écrans, l’actualité médiatique de l’été s’est concentrée une fois encore sur l’immigration et la violence qui lui est associée. Les émeutes de Grenoble, suite à la mort de Karim Boudouda, le 16 juillet, au cours du braquage du casino d’Uriage-les-Bains, et la mise à sac de la gendarmerie de Saint-Aignan, le 18 juillet, par une cinquantaine de gens du voyage au nom bien français de Duquenet, se sont percutées. Nicolas Sarkozy a parlé, promis, amalgamé gens du voyage et Roms, et agi dans l’esbroufe, comme d’habitude : il a ainsi fait démanteler des camps illégaux de « personnes non sédentarisées », leurs occupants étant renvoyés dans leur pays d’origine, essentiellement la Roumanie, percevant 300 € par personne en passant par la case départ ce qui leur permet d’être de retour la semaine suivante au nom de la libre circulation des biens et des personnes dans l’Union européenne. Pour les émeutiers de Grenoble, qui ne sont pas tous Français, aucun dispositif analogue de retour au pays n’a été prévu, sans doute pour ménager l’islam. La presse s’est emparée des propos du pape appelant à « savoir accueillir les légitimes diversités humaines », certains évêques se laissant aller à des déclarations pour le moins exaltées et inopportunes : ainsi Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, déjà bien connu par ailleurs pour son hostilité à la célébration de la forme extraordinaire du rite romain, n’a pas hésité à comparer l’expulsion des Roms vers leur pays d’origine à la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ! On ne devrait jamais quitter… Kergonan.

 L’immigration au regard de l’enseignement de l’Église ?

Par-delà cette écume médiatique, qu’en est-il de l’immigration au regard de l’enseignement de l’Église ? Dans le Catéchisme de l’Église catholique, nous lisons : « Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent. Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont elles ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges » (§ 2241).

Le droit naturel à l’immigration que reconnaît l’Église est une conséquence de la destination universelle des biens de la terre. La terre et tout ce qu’elle renferme ont été donnés par le créateur à l’humanité en général afin d’en tirer sa subsistance et de la peupler. Dans Rerum Novarum (1891), Léon XIII écrit : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples. » Cependant, de même que la propriété privée est légitime pour une personne, elle l’est également pour un peuple. Une nation est propriétaire du pays qu’elle occupe. S’il est ce qu’il est, ce n’est pas le simple fruit du hasard mais la conjonction de divers éléments d’ordre climatique, historique, religieux, géographique, civilisationnel…

Pour légitimer l’ouverture inconditionnelle des pays riches de basse pression démographique aux populations des pays pauvres de haute pression démographique, un certain nombre de théologiens catholiques invoquent l’état de nécessité. Ils se fondent sur la lettre de Pie XII aux évêques américains en 1948 : « Vous savez certainement avec quelle anxieuse sollicitude et préoccupation Nous accompagnons ceux que les révolutions internes de leur patrie, ou bien le chômage et la faim, ont forcé d’abandonner leur foyer et de se fixer à l’étranger. Que pour eux doivent être libres les voies de l’émigration, le droit naturel l’exige, non moins que la pitié envers le genre humain. Le Créateur de l’univers, en effet, a établi toutes choses, en premier lieu, pour l’utilité de tous ; c’est pourquoi la domination de chaque nation, bien qu’elle doive être respectée, ne peut être exagérée au point que, si un endroit quelconque de la terre offre la possibilité de faire vivre un grand nombre d’hommes, on n’en interdira pas, pour des motifs insuffisants et pour des causes non justifiées, l’accès à des étrangers nécessiteux et honnêtes, sauf s’il existe des motifs d’utilité publique, à peser avec le plus grand scrupule ».

Pie XII définit bien là un cas d’extrême nécessité (« forcé d’abandonner ») conditionné par les capacités d’accueil du pays d’immigration (« utilité publique ») et la qualité des immigrants potentiels « honnêtes ». Il est revenu à différentes reprises sur le sujet, s’adressant aux États-Unis d’Amérique (le 22 octobre 1949) ou à l’Argentine (le 2 décembre 1956). C’est parfaitement clair : le pays d’accueil a le devoir, s’il le peut, d’accueillir généreusement de nouveaux arrivants et de leur assurer des conditions de vie décentes et le respect des droits naturels inhérents à la dignité de tout être humain créé à l’image de Dieu : ne pas être exploité, volé, tué… On notera que ce texte ne s’applique, à l’époque, qu’à des mouvements de population qui se déroulent à l’intérieur de la même aire civilisationnelle, soit essentiellement de l’Ancien vers le Nouveau Monde. En effet, les grandes migrations de populations non occidentales vers des pays de civilisation chrétienne n’ont commencé que vers les années 80. Accueillir 1 million d’Italiens en Argentine, ce n’est pas la même chose qu’accueillir 1 million de Bambaras à Paris.

Concrètement, se pose immédiatement la question du regroupement familial. L’émigration vers le Nouveau Monde fut immédiatement une migration de peuplement avec femmes et enfants vers un monde peu peuplé, et en partie dépeuplé... En revanche la France fit appel à partir de la fin du XIXe siècle à des travailleurs généralement sans famille et d’origine européenne. Le fait est qu’une immigration de longue durée ne peut se concevoir soit que pour des célibataires qui se marieront sur place, soit pour des familles déjà constituées. Il faut cependant être conscient que cette immigration de travail devient alors une immigration de peuplement. Les enfants, fruit naturel du regroupement familial, n’auront pas de raison de quitter une terre qui les a vus naître et qui leur assure des conditions de vie bien plus favorables que le pays d’origine de leurs parents. La loi de 1976, voulue par Jacques Chirac et instaurant le regroupement familial, ne pouvait que transformer une immigration de travail en une immigration de peuplement.

 Immigrés : des droits et des devoirs

Pie XII évoque « l’utilité publique », le Catéchisme de l’Église catholique parle du « bien commun ». Ce bien commun ne se résume pas à une somme d’intérêts matériels aussi légitimes soient-ils. En font également partie tous les éléments qui contribuent à la paix civile et à la concorde entre citoyens : communauté de mœurs, de coutumes, de langue, de religion, sens de l’intérêt général.

Pie XII écrivait le 13 mars 1946 : « En cette matière (l’immigration) ce ne sont pas les seuls intérêts des immigrants, mais aussi la prospérité du pays qui doivent être consultés. »L’arrivée massive et rapide d’immigrants de culture, de langue et de religions différentes de celles du pays d’accueil crée des problèmes de coexistence entre les groupes. Cela d’autant plus que, par un phénomène naturel, les immigrants de même culture ou de même origine ethnique tendent à se regrouper entre eux dans des sortes de « ghettos » qui créent ensuite des difficultés avec les autochtones. D’où la liste de devoirs fixés à l’immigré par le Catéchisme de l’Église catholique : « Respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, obéir à ses lois, contribuer à ses charges. » Pour les papes comme pour le Catéchisme, il est donc clair que les droits des immigrés sont étroitement liés à leurs devoirs envers ceux qui les accueillent.

Malheureusement certains documents, d’une moindre autorité magistérielle, présentent une tout autre tonalité. Ainsi l’instruction du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, Erga migrantes Caritas, du 3 mai 2004 exhorte : « Les laïcs doivent donc accueillir les migrants comme des frères et sœurs, et œuvrer pour que leurs droits, notamment concernant la famille et son unité, soient reconnus et protégés par les autorités civiles » (chap I, art 2, §1). Il s’agit d’un impératif catégorique, « doivent », sans aucune condition. Cette obligation est plus contraignante que le simple appel à l’effort lancé aux catholiques expatriés dans le même document, tel qu’il apparaît à l’art 3, § 1 : « Les fidèles qui décident de vivre auprès d’un autre peuple s’efforceront d’estimer le patrimoine culturel de la Nation qui les accueille, de contribuer au bien commun et de propager la foi, principalement par l’exemple d’une vie chrétienne. »

Ce manque flagrant d’équilibre se retrouve, par exemple, dans le document publié par la Conférence des évêques de France à l’occasion des élections présidentielles de 2007, intitulé : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ». Nous y lisons : « Pour les chrétiens, l’accueil des migrants est signe de l’importance attachée à la fraternité. Le sujet est difficile et nous savons l’extrême sensibilité de nos concitoyens en ce domaine. Comment pourrions-nous nier les problèmes ? Comment pourrions-nous nier qu’un pays comme le nôtre a des limites à sa capacité d’accueil ? Cependant, il convient de prendre notre juste part à cet accueil. Et juste, ici, veut dire de façon généreuse. Évêques, nous voyons nos communautés accueillir nombre de ceux qu’on appelle des étrangers ou des migrants. Leur présence nous amène à formuler quelques convictions : nous estimons normal que notre pays définisse une politique de l’immigration. Cela fait partie de la responsabilité gouvernementale et tout gouvernement doit faire face à cette question.

Dans l’Église, cependant, il n’y a pas d’étranger (...) Dans bien des communautés, les étrangers ont le souci de partager avec d’autres, nous en sommes témoins ! Parmi les migrants, beaucoup, pour s’établir en France, ont franchi des difficultés considérables et certains ont risqué leur vie. Pourquoi ne pas porter à leur crédit cette volonté de rejoindre notre pays et ne pas se fonder sur elle pour leur trouver une place dans la société nationale ? Certes, nous ne pouvons pas recevoir tout le monde, mais il nous est aussi impossible de renvoyer tous les clandestins. Notre pays doit pouvoir continuer à recevoir les réfugiés politiques et ceux qui risquent des persécutions, y compris religieuses, dans leur pays. »

Par-delà quelques propos de bon sens, ce qui frappe dans ce texte c’est la grande confusion intellectuelle et l’exaltation de l’émotion compassionnelle. Affirmer que, dans l’Église, « il n’y a pas d’étranger » ne veut rien dire. C’est confondre les plans naturels et surnaturels. Les baptisés constituent l’Église militante, les saints font partie de l’Église triomphante et les âmes du purgatoire de l’Église souffrante. Ceux qui n’appartiennent pas à ces catégories sont matériellement étrangers à l’Église, même s’ils en sont potentiellement tous membres. D’autre part, à entendre nos évêques il semblerait qu’une immigration entre catholiques ne pose pas de problème, or c’est faux : les implantations conflictuelles de travailleurs polonais en Allemagne dans la période 1870-1914 l’ont montré. Surtout, cet argument est largement hors sujet, puisque l’immigration en France est aujourd’hui essentiellement musulmane.

Si les immigrés ne quittent pas leurs pays pour le plaisir, ils le font souvent par intérêt et sans trop de drame. Les conditions que prétend décrire le document épiscopal s’apparentent au roman misérabiliste type Emile Zola ou Eugène Sue, corrigé par la Bonne Presse et mis en scène par Mgr Gaillot : « Ils ont franchi des difficultés considérables et certains ont risqué leur vie ». Faudrait-il donc ouvrir toutes grandes nos frontières pour réduire ces « difficultés considérables » ? Enfin, ce qui frappe dans ce document épiscopal est ce qu’on n’y trouve pas : le rappel des devoirs des immigrés vis-à-vis de leur pays d’accueil, que le Catéchisme, lui, n’avait pas oublié.

Pour résumer, ce document épiscopal se livre à une manipulation sentimentale qui ne tient pas compte de l’enseignement romain. Ayant rendu hommage, du bout des lèvres, au bon sens (« Nous estimons normal que notre pays définisse une politique de l’immigration » ; « Nous ne pouvons par recevoir tout le monde »), ce texte préconise l’accueil des migrants comme signe de fraternité et de compassion : « Ils ont franchi des difficultés considérables et certains ont risqué leur vie ». Suit une prétendue évidence : « Il nous est impossible de renvoyer tous les clandestins » et des devoirs inspirés par la société politique : « Notre pays doit pouvoir continuer à recevoir les réfugiés politiques et ceux qui risquent des persécutions, y compris religieuses, dans leur pays. »

Dans le discours d’ouverture de l’Assemblée plénière de Lourdes, le 4 novembre 2003, le Cardinal Ricard avait déjà insisté sur « le courage d’agir (…) pour que soit sauvegardé le droit de toute personne persécutée à trouver asile dans notre pays. » On dirait Nicolas Sarkozy déclarant au soir du 6 mai 2007 : « Je veux dire à tous les enfants à travers le monde, à toutes les femmes martyrisées dans le monde, je veux leur dire que la fierté, le devoir de la France sera d’être à leurs côtés. La France sera aux côtés des infirmières libyennes (elles étaient bulgares, mais passons) enfermées depuis huit ans, la France n’abandonnera pas Ingrid Bettancourt, la France n’abandonnera pas les femmes qu’on condamne à la burqa, la France n’abandonnera pas les femmes qui n’ont pas la liberté. La France sera du côté des opprimés du monde. C’est le message de la France, c’est l’identité de la France, c’est l’histoire de la France. » C’est surtout un vaste programme dont il n’est pas certain que nous ayons les moyens.

Élu président de la République, Nicolas Sarkozy déclarait dans le même registre, à Sofia, le 5 octobre 2007 : « Chaque fois que quelqu’un est humilié, est persécuté, est opprimé, il devient automatiquement Français. » Tout cela paraît très beau, très noble, mais à y bien regarder c’est très bête et très injuste. Le schéma est toujours le même : les immigrés ont des droits, beaucoup de droits et peu de devoirs et les Français de souche ont des devoirs, beaucoup de devoirs et peu de droits.

Nous le disons à Mgr Ricard comme nous le disons à Nicolas Sarkozy : Non possumus. Nous ne pouvons pas accepter ce faux équilibre, d’aussi haut soit-il prêché ! Nous ne le pouvons pas, par fidélité à nos morts, au nom de la piété, nous ne le pouvons pas, pour l’amour de nos enfants, au nom de la justice. Nous ne pouvons souscrire à cette entreprise politique de désarmement moral de la France qu’une partie des évêques semble mener. Cette entreprise apparaissait clairement dans le communiqué de NNSS de Berranger (évêque de Saint-Denis) et Schockert (évêque de Belfort-Montbéliard). « à propos du projet de loi sur l’immigration », le 1er octobre 2007. Le début de la déclaration est un non-sens absolu : « Les chrétiens refusent par principe de choisir entre bons et mauvais migrants, entre clandestins et réguliers, entre citoyens pourvus de papiers et d’autres sans-papiers ». Pourquoi s’arrêter en si bon chemin et ne pas rajouter « entre voleurs et volés, honnêtes gens et hors-la-loi… » ? Confondre l’égale dignité des personnes, toutes enfants de Dieu, et l’équivalence de tous les comportements, est une confusion dont on souhaiterait que des évêques s’abstiennent. Le bon et le mauvais larron ne sont pas considérés par le Christ de la même manière, nonobstant leur égale dignité. En mettant sur un pied d’égalité migrants « réguliers » et « clandestins », nos évêques se mettent directement en opposition avec le §2241 du Catéchisme de l’Église Catholique, précédemment cité, qu’ils sont censés prêcher.

Nos évêques faisaient ensuite appel à la « conformité avec le droit européen et international » des mesures en discussion. C’était la reconnaissance d’une référence absolue à la loi civile, à l’exclusion de toute loi morale qui lui serait supérieure : ce qui compte c’est que les mesures projetées soient en harmonie avec la législation civile en vigueur. Quant à la loi de Dieu il n’en est nulle part question ! En revanche, quand il s’agit de mettre en cause des lois qui restreignent l’immigration, nos évêques découvrent qu’il y a des lois au-dessus des lois civiles, par exemple en ce qui concerne l’expulsion des « sans-papiers » qui sont, d’abord, des clandestins. Tout cela n’est pas très cohérent. Le document condamnait ensuite « les mesures toujours plus restrictives à l’encontre des migrants (…) concessions à une opinion dominée par la peur plutôt que par les chances de la mondialisation ». Est-ce de la cécité ou du mensonge ? Nos évêques ne semblent pas voir les 150 000 acquisitions annuelles de la nationalité française pour un nombre d’entrées légales sur le territoire national qui était en 2009 de 175 000 personnes. Quant aux « chances de la mondialisation », c’est une pétition de principe politique qui n’a rien à voir avec le ministère des évêques. Les millions de chômeurs français victimes de délocalisations seraient heureux d’en débattre.

Enfin, le document déclarait intangible le « regroupement familial qui est un droit toujours à respecter » et faisait ainsi toucher du doigt le grand absent de la déclaration épiscopale : le bien commun de la France, le « regroupement familial » dans le pays d’origine ne faisant pas partie des hypothèses envisagées ! En effet, la France dispose d’une identité. Comme une famille, elle a son histoire, son niveau de vie fruit de son travail et de celui de ses anciens, des valeurs auxquelles elle est attachée. Le droit légitime des familles immigrées au regroupement familial est subordonné au bien commun encore plus légitime du pays d’accueil. Ce qui frappe dans ce texte comme dans la déclaration des évêques de France pour l’élection présidentielle : « Qu’as-tu fait de ton frère ? », c’est qu’aucune contrepartie n’est exigée des migrants auxquels les portes de notre pays doivent être largement ouvertes.

Cet état d’esprit est malheureusement largement répandu. Dans le compendium de la Doctrine Sociale de l’Église publié en décembre 2005 la question des migrations est abordée dans 5 articles. Le premier renvoie à l’encyclique de Paul VI Octogesima adveniens, pour les quatre-vingts ans de Rerum Novarum (§ 100). Le deuxième dénonce l’exclusion sociale dont sont victimes les immigrés à cause du chômage (§ 289). Le troisième énonce que « les immigrés, dans la majorité des cas, répondent à une demande de travail qui, sans cela, resterait insatisfaite, dans des secteurs et des territoires où la main d’œuvre locale est insuffisante ou n’est pas disposée à effectuer ce travail » (§ 297). Ce fut le cas en France dans les années 60, ça ne l’est plus depuis environ quarante ans (ne sont donc pas concernés tous les immigrés arrivés depuis.) Le quatrième demande aux pays d’accueil de ne pas exploiter la main d’œuvre d’origine étrangère, de lui offrir les garanties requises par la dignité de la personne humaine et enfin de respecter et favoriser le regroupement familial (§ 298). Enfin, le dernier exhorte les syndicats à protéger non seulement les catégories traditionnelles de travailleurs mais aussi les immigrés (§ 308).

 La contagion du personnalisme

Sans entrer dans le détail de l’analyse, on peut conclure que le schéma général est le même que dans la déclaration épiscopale : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ». Les devoirs sont d’un côté, les droits de l’autre. Cependant le discours prononcé à Bruxelles par Mgr Agostino Marchetto, Secrétaire du Conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants, dans le cadre du Forum global sur migration et développement (9-11 juillet 2007) rend un son de cloche un peu différent : « Les droits et les devoirs vont de pair » (…) ; « Les migrants ont donc en même temps le devoir de respecter l’identité et les lois du pays où ils résident, de s’efforcer de s’intégrer correctement dans la société d’accueil et d’en apprendre la langue. Ils doivent favoriser l’estime et le respect pour le pays d’accueil, au point même de l’aimer et de le défendre. »

Mais cela se fondait dans un ensemble politiquement correct sur la liberté religieuse et les droits des clandestins. Et le même Mgr Marchetto déclarait, à Manille, le 29 octobre 2008 à l’occasion du second Forum mondial sur les migrations, en conclusion : « Les migrants ne sont pas seulement un problème, mais un don pour nos sociétés. Ils nous aident dans notre travail, nous obligent à ouvrir nos esprits, nos économies et nos politiques, et nous encouragent dans la recherche de nouveaux modèles. »

Ces flottements, ces repentirs, ces coups de flou romains qui répondent aux coups de boutoir épiscopaux manifestent un primat des droits de la personne humaine, qui prend de moins en moins en compte les légitimes droits de la société et fait toujours moins référence au bien commun. On peut y voir l’influence de la philosophie personnaliste d’Emmanuel Mounier, dont nous savons que Jean-Paul II fut un lecteur assidu. Le personnalisme a marqué plusieurs des papes du XXe siècle.

Dans le numéro 182 de l’AFS, l’article, Doctrine Sociale de l’Église et personnalisme, fait d’utiles rappels sur cette question. Citant Pie XI dans Divini Illius Magistri (31 décembre 1929), il rappelle que « ce bien commun d’ordre temporel consiste dans la paix et la sécurité dont les familles et les citoyens jouissent dans l’exercice de leurs droits et en même temps dans le plus grand bien être spirituel et matériel possible en cette vie, grâce à l’union et à la coordination des efforts de tous. » La primauté de la cité sur la personne était, jusqu’à une date récente, une constante de la pensée sociale de l’Église ainsi formulée par saint Thomas d’Aquin : « Selon la nature, la cité est première par rapport à un seul homme » ou par Marcel de Corte : « La personne, prise dans la ligne de sa destinée temporelle est radicalement ordonnée au bien commun de la société temporelle dont elle est membre » (Réflexions sur la nature de la société politique in Ordre français n° 191).

Là contre se dresse l’enseignement post-conciliaire : « La personne humaine est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales » (CEC § 1881) ; « La personne représente le but ultime de la société qui lui est ordonnée » (§ 1929) ; « Le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales sont et doivent être la personne » (Compendium du CEC, art 402). Jean Madiran analysait dès juin 1986 dans Itinéraires cette inversion capitale de l’enseignement romain : « L’esprit nouveau de la nouvelle doctrine est parfaitement récapitulé dans une formule de l’Instruction (§ 76) sur la liberté chrétienne et la libération (23/03/1986) selon laquelle “le bien commun de la société humaine est au service des personnes” : révolution copernicienne par rapport à la doctrine traditionnelle qui, en sens inverse, incite les personnes à être au service du bien commun. (…) Enseigner que le bien commun est au service des personnes procure à la personne humaine la formulation philosophique de son non serviam. »

 La primauté de la cité sur la personne

La vérité oblige à dire qu’à côté des débordements verbaux de certains évêques d’autres ont tenu des propos plus sensés comme le Cardinal Vingt-Trois rappelant : « On n’a pas vocation à accueillir tous les Roms en France » ou affirmant qu’« il est difficile de nier qu’il y a un rapport entre l’immigration et la délinquance ». De même Mgr Brincard, évêque du Puy-en-Velay, a rappelé « les racines chrétiennes de la France » et que « les autorités politiques peuvent, en vue du bien commun dont elles ont la charge, subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect du devoir des migrants à l’égard du pays d’adoption ». Le cardinal Biffi, alors archevêque de Bologne, déclarait de son côté dans le Figaro du 2 novembre 2000 : « Le droit à l’invasion n’existe pas (…) Rien n’interdit à l’État italien de gérer l’immigration de manière à sauvegarder son identité nationale. »

Contre l’humanisme dévoyé de certains clercs et des idéologues qui les inspirent, il nous paraît légitime et conforme à l’enseignement de l’Église de chercher à limiter l’immigration, voire à la supprimer. Cela pour les raisons suivantes.

La France n’a plus les capacités matérielles ni le minimum d’énergie vitale lui permettant d’intégrer à son histoire des millions de personnes étrangères à sa culture et à sa civilisation, pour qui elle n’est souvent qu’une aire géographique où coulent en abondance le lait et le miel des subventions et des aides diverses (Ubi bene, ibi patria). Ainsi, l’AME (Aide médicale d’État), qui prend en compte les frais médicaux des étrangers en situation irrégulière sur notre territoire national, coûte 100 millions d’euros par an avec un taux de croissance sur deux ans de 17 % !

L’existence même de la France comme nation blanche, de civilisation chrétienne –fille d’Athènes, de Rome et de Jérusalem– est directement remise en cause dans ce processus. Nous ne défendons ni des intérêts matériels, ni même une certaine « idée de la France », c’est la réalité charnelle de nos cathédrales et de nos calvaires, la terre où reposent nos morts, l’héritage de nos saints, de nos rois, de nos poètes et de nos écrivains, le mode de vie qu’ils nous ont transmis, que nous voulons conserver, comme nous voulons continuer à entendre sonner la cloche de nos églises même les plus modestes.

Comme Jeanne d’Arc aimait les Anglais chez eux, nous ne sommes pas avares de notre affection pour tous les peuples de la terre mais, chacun chez soi et, à tout le moins, que celui qui est chez les autres agisse manifestement au service du bien commun de ses hôtes. L’immigration massive de populations étrangères à notre civilisation n’est pas la seule source de nos maux, elle en est en tout cas la conséquence et le révélateur.

Que les Français commencent par s’aimer eux-mêmes, par s’aimer entre eux, par aimer leur Histoire et leur terre avec la volonté de la transmettre à leurs (nombreux) enfants et tout redeviendra possible avec la Grâce de Dieu. J.-P.M.

 Rome et les Roms

Le 22 août dernier, Benoît XVI déclare, en français, lors de l’Angelus dominical : « Les textes liturgiques de ce jour nous redisent que tous les hommes sont appelés au Salut. C’est aussi une invitation à savoir accueillir les légitimes diversités humaines, à la suite de Jésus venu rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. » Dès le lendemain, 23 août, la presse interprète la déclaration du pape comme une opposition aux expulsions de Roms. La presse se transforme en autant de bulletins paroissiaux et Libération titre : « Sarkozy se fait sonner les cloches ». Interrogé, le secrétaire du Conseil pontifical pour la Pastorale des migrants et les personnes en déplacement, Mgr Marchetto, abonde dans le sens de l’interprétation des propos du pape donnée par les médias : « Les expulsions en masse des Roms vont à l’encontre des normes européennes » (…) « On ne peut pas généraliser et prendre tout un groupe de personnes et les expulser. » Notons que le 25 août, le pape a accepté la démission de Mgr Marchetto atteint par la limite d’âge.

Or la déclaration du pape revêtait d’abord une dimension surnaturelle : « Tous les hommes sont appelés au Salut », ce qui ne veut pas dire « tous les hommes ont le droit de venir en France ». De plus, le “Salut” en cause est évidemment le Salut éternel. Ensuite « savoir accueillir toutes les légitimes diversités humaines » semble plus une exhortation à lutter contre le nivellement des cultures et le mondialisme qu’un appel à un melting-pot généralisé organisé sur le territoire de la Fille aînée de l’Église.

Les déclarations de Mgr Marchetto sont affligeantes car sa vocation est de rappeler la loi de Dieu et non les normes européennes, il y a déjà tout ce qu’il faut de commissaires pour cela. Et il n’est pas juge du bien commun de chaque nation. Verrait-il un inconvénient à expulser un gang mafieux étranger vers sa patrie d’origine ?






Article précédent :
Nouvelles de Renaissance Catholique
Article suivant :
Pour sauver les retraites, accueillir la (...)






Mise à jour le 9 octobre 2010