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Université d’été 2007 : Le nationalisme est-il un péché ?

Heureux comme Dieu en France

Intervention de Serge de Beketch

le 14 juillet

Le présentateur :

Nous avons le grand plaisir de retrouver ce soir Serge de Beketch. C’est un plaisir sans être véritablement une surprise, parce que je crois qu’il n’a jamais manqué, sauf peut-être une année, nos universités d’été, et sa venue parmi nous est toujours un grand moment, à la fois d’intelligence et d’amitié.

C’est un peu absurde de perdre mon temps et le vôtre à vous présenter Serge de Beketch. Vous le connaissez aussi bien que moi. Vous écoutez, si vous le pouvez, je l’espère, son émission le mercredi soir depuis des années sur Radio Courtoisie. Vous avez lu, et si vous ne les avez pas lus c’est le moment de vous y mettre, ses livres : La nuit de Jéricho, La révolte du lieutenant Poignard, un roman d’anticipation car il imagine une révolte contre l’invasion (et pour l’instant nous attendons encore), son Dictionnaire de la colère, et plus récemment son Catalogue des nuisibles, qui est un grand moment de littérature et de rigolade, si je puis me permettre, et que je me permets de vous recommander. Il est édité aux éditions des Vilains Hardis, ce qui est tout un programme !

Vous lisez, je l’espère, son décadaire, le Libre Journal de la France Courtoise, qui est le décadaire ayant la plus grande diffusion de la presse française et même mondiale, étant le seul de sa spécialité. Ce journal est unique, pas seulement par la régularité ou l’irrégularité un peu erratique de sa publication. Il est unique parce que c’est le journal de Serge, nous l’aimons parce que nous aimons Serge, et que s’y déploie un talent extraordinaire, qui dans la presse française n’a pas d’exemple. Il nous rappelle simplement la grande voix de Léon Daudet. Nous lisons avec enthousiasme tous les dix jours (quand çà arrive) ses éditoriaux ou se mêlent la littérature, la mélancolie, et l’invective quand c’est nécessaire, parce qu’il ne faut tout de même pas se laisser faire.

Serge, c’est évidemment un talent, c’est une voix sur Radio Courtoisie bien connue de chacun d’entre vous. Une voix au service de la France et des médecines alternatives. Une fidélité à Dieu, à la Patrie, et aux copains. Une colère jamais calmée contre la bêtise, contre les compromissions, contre la lâcheté, contre les laboratoires pharmaceutiques et quelques autres...

Serge, c’est aussi une amitié qui n’a jamais été prise en défaut, et je suis donc très heureux de l’avoir ce soir parmi nous, et de lui laisser la parole sur le thème « Heureux comme Dieu en France ». Je ne peux pas vous parler savamment du thème de cette causerie, parce que généralement Serge ne respecte pas l’intitulé de sa conférence, et parle de tout autre chose. Nous l’avons donc laissé cette année choisir lui-même le thème de sa conférence, espérant que nous n’aurions pas de surprises. Mais jusqu’à maintenant nous n’avons pas eu à nous en plaindre, parce qu’il s’agissait de bonnes surprises.

Serge de Beketch :

J’aime beaucoup venir à l’université d’été de Renaissance Catholique, parce qu’il s’agit sans doute du seul endroit au monde ou l’on me fait des compliments.

Je m’y sens véritablement bien et en famille, et c’est à chaque fois un très grand plaisir.

La question posée par cette université d’été était « Le nationalisme est-il un péché » ? J’ai donc cherché ce que je pourrais évoquer à ce sujet. Je n’ai pas vraiment trouvé, et j’ai donc proposé de faire quelques remarques autour d’une phrase maintenant connue ? Je n’étais pas trop mécontent de ce que j’avais préparé, mais, lorsque je suis arrivé parmi vous, Jean-Pierre Maugendre m’a dit : « Nous avons eu cet après-midi trois conférences prodigieuses. C’était vraiment formidable, plein d’intelligence, de verve et de talent ».

Tout à coup, j’ai senti qu’il était trop difficile d’intervenir après eux, et j’ai failli faire demi-tour !

Mais, pour ne rien vous cacher, la raison pour laquelle je suis resté est que ma femme avait très faim, et qu’on nous a nourris. Très bien d’ailleurs. C’était bon et copieux, j’ai pris deux desserts. Je vous remercie donc et je pense que je peux maintenant rentrer chez moi.

Bref ...

« Men ist azoy wie Gott in Frankreich », est un proverbe yiddish.

Je sais qu’il n’est pas courant de commencer une conférence de Renaissance Catholique par un dicton yiddish. Cela se traduit généralement par « Nous sommes heureux comme Dieu en France ». Il y a en réalité une petite nuance, car « Azoy » ne signifie pas exactement « heureux ». Ce mot yiddish n’a pas d’équivalent dans toutes les langues, mais il pourrait se traduire par « génial » ou « c’est super », ou, diraient les jeunes : « c’est cool » : on est « cool » en France !

Nous voyons déjà ici se dessiner quelque chose d’intéressant, car, quoi qu’on en pense par ailleurs, nous avons là le premier peuple qui a connu Dieu. On peut donc supposer qu’il dispose d’informations privilégiées sur ce que Dieu aime ou n’aime pas. On pourrait même dire que ces informations privilégiées ont été reçues et payées au prix fort.

Il n’y a donc aucun doute quant au fait que Dieu est heureux en France : nous pouvons sur ce point faire confiance à nos frères aînés dans la Foi quand ils le disent.

Il se trouve que le nationalisme se définit comme un sentiment de vif attachement à la nation, en l’occurrence française pour les nationalistes français, c’est-à-dire à la terre et au peuple de France. De plus en plus à la terre et de moins en moins au peuple, soit dit en passant ; le peuple français ne me paraissant guère à la hauteur en ce moment.

Donc, si Dieu est « cool », « peinard », heureux en France, il ne peut être décemment considéré comme un péché d’être nationaliste, et ce d’autant qu’Il n’est pas le seul. Son vieil adversaire est lui aussi heureux en France, si l’on en croit l’écrivain juif Léon Feuchtwanger, auteur du « juif Süss ». Vous remarquerez au passage qu’il est assez curieux que ce soit un écrivain juif qui ait écrit un ouvrage considéré comme un parangon de l’antisémitisme. Il est vrai que l’adaptation cinématographique de ce livre par Veit Harlan a légèrement tordu le propos de Feuchtwanger, et ainsi donné cette impression.

Léon Feuchtwanger avait écrit un autre livre, intitulé le diable en France, dans lequel il imagine le plaisir que procure au démon ce pays indolent, désorganisé, dirigé par l’incompétence, le laisser-aller, le je m’en foutisme, et par un état à la fois faible et fascisant. Hormis ce dernier terme, et encore, on a l’impression que monsieur Feuchtwanger était un peu prophète. Pour moi en effet, entendre cette définition m’inspire irrésistiblement l’évocation d’images d’actualité.

Il ne faut cependant pas accorder trop d’importance aux propos de Léon Feuchtwanger, car, après avoir écrit cet ouvrage, il s’est réfugié en France en 1933, après avoir en novembre 1932 effectué une tournée de conférences aux Etats-Unis, au cours desquelles il expliquait qu’Hitler était politiquement fichu. Ses compétences de prophète sont donc finalement sujettes à caution. Deux mois plus tard en effet, Hitler accédait au pouvoir, et Feuchtwanger, avec un sens très sûr de l’avenir, se réfugiait donc en France, supposant sans doute qu’il allait être heureux comme Dieu au même endroit. Il faut reconnaître que ce n’est cependant pas exactement le sort qui lui fut réservé.

On peut se poser la question de savoir pour quelle raison Dieu, après avoir élu le peuple juif, a élu domicile en France. Sachant tout, évidemment Il savait qu’Il allait y être heureux. On pourrait pourtant voir là une incohérence, voire une contestation voilée du nationalisme juif, puisqu’Il leur a donné la terre promise, puis est venu s’installer en France.

Le peuple juif a cru à cela, ce qui fait qu’il préfère les rives du Jourdain à celles de la Loire, et Jérusalem au petit Liré, du moins en général.

Pour en rester à cette approche du sujet, restons-en à nos principaux informateurs : que veulent-ils dire par « Heureux comme Dieu en France » ?

Interrogeons ici Saül Bellow, écrivain, anthropologue, sociologue, de nationalité américaine, né au Canada de parents juifs qui avaient quitté la Russie pour venir faire des affaires à l’époque de la prohibition. Le père de monsieur Bellow était trafiquant d’alcool, mais Bellow lui-même reçut pour sa part le prix Nobel. Il n’y a là évidemment aucune relation de cause à effet, mais on peut le noter au passage.

Écrivain intéressant dont les livres mêlent l’argot yiddish et la métaphysique, Saül Bellow, pour définir les raisons pour lesquelles Dieu est heureux en France, a dit que « Dieu est parfaitement heureux en France parce qu’il n’y est pas dérangé par les prières, les rites, les bénédictions et les demandes d’interprétation de délicates questions diététiques. » En d’autres termes, nul docteur de la Loi ne vient en France l’importuner avec toutes sortes de questions tenant à la Kacherout.

Curieusement, cette opinion est assez largement partagée. Récemment, quand Ariel Sharon a invité les Juifs de France à quitter le paradis pour gagner Israël, un membre de l’UJFP, l’union juive française pour la paix, lui a répondu d’une façon qui résume assez bien les raisons qu’ont Dieu et son peuple élu de considérer qu’on est heureux en France : « Vous avez choisi le jour même où la France commémorait la rafle du Vel d’Hiv pour presser ceux que vous nommez les juifs de France d’émigrer en Israël. Vous aggravez votre cas et vous jetez de l’huile sur le feu, lorsque vous justifiez cette prétendue urgence en citant le chiffre de 10% de musulmans en France. Non, monsieur Sharon, je n’émigrerai pas en Israël, je n’émigrerai pas. La France est le pays de ma naissance, et celui de ma famille paternelle et maternelle, d’origine alsacienne depuis des générations. Je suis pupille de la nation, mon père ayant été fusillé par les nazis et leurs collabos français en 1944. Nous sommes en 2004, « heureux comme Dieu en France », disaient les juifs d’Europe centrale et de Russie en arrivant ici. Je suis citoyen français. Je n’émigrerai pas ; la France n’est pas antisémite, même si des actes antijuifs ont été commis ces derniers temps, mais aussi des actes antiarabes ou islamophobes. Les auteurs de ces actes sont divers : esprits mentalement fragiles, néo-nazis qui croient que leur heure est venue, puisque tant d’électeurs se reconnaissent dans le vote d’extrême-droite. »

Le propos est assez confus mais intéressant. Reprenons : « Jeunes paumés français d’origine arabe qui se trompent d’ennemi, et croient soutenir le peuple palestinien en s’en prenant aux Juifs d’ici, ils n’entendent par madame Leïla Saïd qui leur répète qu’ils se trompent de cibles. Je n’émigrerai pas. La vocation du sionisme a été et reste de rassembler les Juifs du monde en Israël, état qui se dit juif. Lors de la récente crise économique et politique en Argentine, vous appeliez déjà les Juifs argentins à faire leur Alya ; aujourd’hui, ce serait les Juifs français. » Et il continue d’énumérer les raisons qu’il a de ne pas vouloir émigrer, mais la raison principale en est évidemment qu’il est mieux en France qu’en Israël. Je crois d’ailleurs qu’il n’est pas le seul.

Ne croyons pas, cela dit, que cette opinion est strictement réservée aux Juifs. Les calvinistes sont tout à fait d’accord, ou au moins l’un d’entre eux, Huyghe de Groot, mieux connu sous le nom d’Hugo Grotius, inventeur du droit international. Grotius proclamait en effet : « Après le royaume des Cieux, le royaume des Francs est le plus beau de tous. »

Frédéric II, roi de Prusse, reconnaissait, si l’on en croit Rivarol : « nous autres rois du Nord, nous ne sommes que des gentilshommes, les rois de France sont de grands seigneurs ».

Le très british Oscar Wilde lui-même, faisait dire à Dieu : « c’est embêtant. Quand il n’y aura plus ces Français, il y a bien des choses que Je fais et que personne ne comprendra ! »

Enfin, Voltaire, le diabolique, disait : « Si j’étais Dieu le Père, et que j’eus deux fils, je ferais le premier Dieu, et le second Roi de France. »

Quant aux musulmans, à en croire Vincent Gleisser et Aziz Zemmouri, auteurs de « Marianne et Allah », ils ont, eux aussi, envie de dire « Heureux comme Allah en France », ce qui signifie que les musulmans ont de la chance de vivre en France, tout en déplorant les discriminations dont ils sont victimes. Discriminations toutefois pas assez violentes pour les dissuader de rester dans ce pays avec les droits qui leur sont accordés, et si peu inquiets pour le futur que, de leur propre aveu, ils envisagent leur avenir et celui de leurs enfants en France, et pas ailleurs.

Il me paraît donc parfaitement clair que le nationalisme français ne peut en aucun cas être un péché, puisque, comme les nationalistes et le reste du monde, Dieu aime la France pour la raison qu’Il y est heureux comme au Paradis, et peut-être plus encore.

Même si l’on ne retient pas l’explication sans doute un peu raciste de Saül Bellow, on peut s’arrêter à celle donnée par un autre écrivain, Emmanuel Levinas, penseur, philosophe et kabbaliste moderne, pour qui le concept général de la maxime « Heureux comme Dieu en France » serait « d’exprimer l’enchantement que présente la combinaison d’une vie au grand air dans de magnifiques paysages, au milieu d’un art de vivre exceptionnel, et d’une culture inégalable. »

Sur le plan de la connaissance de Dieu, la dilection de Dieu pour la France est une mine de leçons intéressantes et importantes. Elle prouve d’abord que Dieu ne lit pas la presse. Il ne lit pas the Economist, qui affirme que pour ce qui est du bonheur de vivre, la France ne vient qu’après l’Irlande, la Suisse, la Norvège, la Suède, le Luxembourg, l’Espagne, l’Italie, l’Australie, le Canada, le Japon et les Etats-Unis. Je vous conseille de ne pas lire non plus the Economist, car tout ceci ne semble vraiment pas très sérieux ! Elle prouve que Dieu n’est pas rancunier, puisqu’Il continue d’aimer cette patrie naturelle de la civilisation catholique où, depuis que l’on a chassé Dieu de l’université, l’enseignement universitaire français a dégringolé au soixante-cinquième rang mondial. Elle prouve que Dieu n’est pas policier, comme on l’imagine parfois, puisqu’Il ne dédaigne pas de séjourner, le sourire aux lèvres, dans un pays que, dans son dossier sur la corruption, la revue transparency international place en vingt-deuxième position sur cent quarante cinq, ex aequo avec l’Espagne pour les malversations financières et les pots-de-vin de ses dirigeants politiques. Elle prouve enfin que Dieu n’est pas économiste, puisque le rapport du world economic forum relègue la France à la vingt-septième place pour le dynamisme économique, derrière des pays comme l’Estonie ou les Emirats Arabes Unis.

En fait, toutes ces considérations blessent beaucoup plus les nationalistes français que nous sommes qu’elles n’ébranlent l’infinie patience ou l’infinie miséricorde du Père Eternel.

On peut donc dire, sans exagérer, que Dieu aime encore mieux la France que les nationalistes français ne le font, et qu’Il considère comme des péchés véniels ce que nous voyons comme des tares indélébiles. On peut dire aussi que le Tout Puissant est habitué, pour Son confort et en raison de nos prières, à porter plus d’attention à nos réussites qu’à nos échecs. Il n’oublie pas, Lui, que la France est une préfiguration ou une hypostase du jardin d’Eden. Comment le pourrait-Il, d’ailleurs, car quel autre pays au monde peut se glorifier, deux siècles après la Révolution, de posséder encore près de six mille lieux, villages, villes portant la marque du catholicisme, de Saint Aaron, village de neuf cents habitants dans les Côtes du Rhône, portant le nom du frère de Moïse, jusqu’à Saint Zacharie, commune du Var, quatre cents habitants, ornée du nom du père de Jean-Baptiste ce qui, entre parenthèse, devrait faire réfléchir les gens qui nous accusent d’antisémitisme ; du frère de Moïse au père de Jean-Baptiste, en effet, nous restons quand même toujours dans le même monde. En fait, quinze pour cent de la toponymie française témoigne de la proximité du royaume de France et du royaume des Cieux. Et encore, je ne vous parle pas de Sainte Gabelle, naturellement débaptisée pour devenir « Cintegabelle » et nous livrer qui vous savez. Beau cadeau. Cà leur apprendra. Quel autre pays peut se vanter d’avoir donné au monde autant de saints ? La France est en effet le pays qui a le plus grand nombre de saints à faire valoir.

Si Dieu est heureux en France, si le pape est dans ses Etats, il est évident qu’au regard de l’histoire, la France est en quelque sorte co-naturelle à la catholicité. Le catholicisme est français comme le français est catholique. Nous supposons bien sûr que je m’exprime il y a trente ans, car évidemment maintenant les choses sont légèrement différentes. Mais le fond reste le même. La France est même si catholique qu’elle a inventé un catholicisme exclusivement français, le gallicanisme, dont il faut se souvenir que l’une des figures les plus illustres fut l’aigle de Meaux, Jacques-Bénigne Bossuet, précepteur du Grand Dauphin. Le gallicanisme est très exactement une doctrine religieuse et politique qui sous-tendait l’organisation d’une Église catholique de France autonome. L’on pourrait donc dire qu’il s’agit là de national-catholicisme, en quelque sorte. Le gallicanisme affirme la spécificité française, et rejette la trop grande intervention du pape dans les affaires françaises. Il reconnaît au pape une primauté d’honneur et de juridiction, mais conteste sa toute puissance au bénéfice des conciles généraux dans l’Église et des souverains dans leurs Etats.

C’est là qu’on atteint à une autre preuve définitive que le nationalisme ne peut pas être un péché, même aux yeux des prélats progressistes. Parce que le gallicanisme ne fait qu’anticiper les évêques qui, en France, pensent que le pape est bien gentil, que l’on peut écouter ses avis, mais qu’on n’est quand même pas forcé de s’y plier. Considération qui vaut aujourd’hui. Il suffit pour s’en convaincre de lire les réactions de nos bons évêques sur le Motu Proprio Summorum Pontificum Cura, pour voir à quel point c’est vrai. Tant que le pape ne les gêne pas ou ne leur donne pas de conseils, ils sont tout à fait d’accord avec lui. Dès qu’il prétend s’occuper des affaires de la France à travers les affaires de l’Église, nos évêques sont mécontents.

Les évêques conciliaires sont des néo-gallicans, ils sont donc tenants du national-catholicisme, et par conséquent, quand on a dans son camp : le Bon Dieu, les rabbins, les intégristes les traditionalistes, et les catholiques progressistes conciliaires, il devient assez difficile de vous accuser ensuite d’être un pécheur. Car la question se pose alors de savoir contre quelle religion on pèche ?

J’ajouterai que le catholicisme est un produit de l’intelligence et de la civilisation française, en ce sens qu’il répond à une question que nous évoquions tout à l’heure, avec Aymeric Chauprade, à savoir la prétendue faiblesse naturelle du christianisme, qui se refuserait, au nom de la charité, à user de la force comme moyen d’action ou à être une religion de la force. Toute l’histoire de l’Église catholique en France démontre le contraire. Ce n’est pas par des embrassades d’amourette que le catholicisme s’est installé dans notre pays, mais par un mélange de fermeté et de douceur, qui consistait pour la fermeté à utiliser le côté tranchant de la colichemarde, et pour la douceur à utiliser le côté plat. Par conséquent, prétendre que le catholicisme est une religion de la faiblesse, de la servilité ou de l’asservissement, que c’est une religion d’esclaves, revient à négliger le fait que, depuis Clovis, tous les rois de France ont mené leurs combats au nom de la religion catholique, et que, jusqu’à la révolution française, tous les prêtres ont mené le combat de la France monarchique. Ceci montre bien une sorte d’identité d’essence entre la civilisation française et la civilisation catholique. Que cette identité d’essence ait disparu notamment à la suite de menées modernistes qui avaient été dénoncées par les papes est indiscutable. Mais le fait reste, tout aussi indiscutable : si Dieu est heureux en France, c’est parce que la France est, sans doute, la mieux placée pour réaliser le dessein de Dieu. Pas toute seule, pas tout de suite, mais, à travers ses tribulations, dans un avenir que j’espère proche.

Il y a une raison profonde aux relations bizarres que nous entretenons avec le peuple juif : ils considèrent qu’ils sont le peuple élu et qu’ils vivent sur la terre promise, mais ils savent très bien que la nouvelle Alliance a un peuple élu, qui est le peuple français, enfant de la fille aînée de l’Église, et que la France en est la terre promise. Il y a là une espèce de jalousie nostalgique à l’égard de cette situation. Ils voudraient bien que ce ne soit pas la vérité, mais je suis convaincu qu’en profondeur, ils savent que c’est la vérité, qu’il y a une espèce d’élection sur la France et sur le peuple français. Toutes les menées qui sont entreprises pour détruire cette élection, pour l’empêcher de se réaliser et de se concrétiser, sont inspirées, non par la haine ou forcément par l’arrogance, mais par une sorte de dépit amoureux. Ce dépit amoureux lui-même transparaît dans cette phrase que je citerai pour la dernière fois : heureux comme Dieu en France, c’est-à-dire heureux en France plus que n’importe où ailleurs dans le monde.

Je vous remercie.






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Mise à jour le 12 octobre 2012