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L’âme de saint Dominique



L’ordre dominicain célèbre cette année le huit centième anniversaire de sa fondation. Nous ne pouvions laisser passer cet événement sans célébrer un saint qui sut répondre aux défis de son temps pour l’animer de l’esprit de l’Évangile.

Parmi les contresens de l’histoire contemporaine, il en est un qu’il faut dénoncer : transformer saint Dominique, le « doux Père » des Prêcheurs, en une figure de terreur, approuvant les tortures et allumant les flammes des bûchers ! « Sa charité et sa compassion ne s’étendaient pas seulement aux fidèles, rapporte un témoin, mais même aux infidèles, aux païens, et jusqu’aux damnés de l’enfer ». Quel est donc le vrai visage de ce saint ?

Une jeunesse en chrétienté

Espagnol, fils de la Castille ardente, Dominique de Guzman trouva pour orienter sa vie une mère profondément chrétienne, la bienheureuse Jeanne d’Aza ; un oncle prêtre attentif à sa première instruction ; un évêque zélé, Diego d’Azevedo, pour l’agréger à ses chanoines, réunis en vie commune. Cet évêque avait compris la nécessité d’un soutien pour ses prêtres, par la vie canoniale et la récitation de l’office, et cette vie régulière rayonnait ensuite par la prédication dans le diocèse.

Que furent les premières années de la vie de saint Dominique ? Enfance et jeunesse d’une vie apparemment commune, et pourtant privilégiée : dans sa famille, sa paroisse et son diocèse, il trouva de quoi répondre pleinement à sa vocation sacerdotale. De cette période date l’épisode rapporté lors du procès de canonisation : au cours d’une famine, pour fonder une « aumône » – ainsi appelait-on « les restos du cœur » de l’époque –, le jeune homme vend ses parchemins. Il s’agit là du trésor de l’étudiant puisque ces ouvrages servent à la fois de livres et de support pour prendre des notes. À ses camarades qui s’étonnent de cette imprudence : « Je ne veux pas étudier sur des peaux mortes, répond-il, tandis que des hommes meurent de faim ! » En quelques mots, voilà décrite une personnalité, pleine de force et de tendre charité, déjà entraînante par ses actes aussi bien que par ses paroles. Il y a là, en germe dans cette vie « cachée », tous les éléments de la vie des Prêcheurs : la vie commune qui soutient la prière liturgique et l’étude, en vue de l’union à Dieu et de la prédication. Saint Dominique y acquit sans doute aussi le sens des responsabilités et du maniement des hommes, puisque sur un document nous trouvons sa signature avec la mention de sa charge : il est sous-prieur du chapitre.

Le choc de l’hérésie

Cette vie, si réglée et inscrite dans le cadre précis d’un diocèse, va prendre une nouvelle ampleur lors d’un voyage : l’évêque d’Osma, chargé d’une mission diplomatique pour le roi de Castille, emmène avec lui son sous-prieur : nous sommes en 1203, Dominique de Guzman a une trentaine d’années. L’événement providentiel sera la rencontre – le choc ! – avec l’hérésie.

Une fois traversées les Pyrénées, on rencontrait en effet les cathares, installés comme chez eux dans le Toulousain et le Languedoc. Comme toutes les hérésies, cette étrange doctrine avait pris naissance dans le sein de l’Église catholique. Avec son refus de l’Incarnation du Verbe, sa liturgie en langue vernaculaire, ses « parfaits » ou « bonshommes » à la vie manifestement pénitente, elle avait exercé une véritable séduction sur les fidèles. Leur ignorance, l’ignorance aussi de trop de prêtres, la complicité des chefs temporels, tout avait contribué à son succès, au point que le premier « concile » des cathares du Languedoc s’était tenu en 1167, avant la naissance de saint Dominique.

Lorsque la petite troupe passe les Pyrénées, elle rencontre une chrétienté sans foi, sans Christ incarné, sans sacrements. Si les « parfaits » édifient les simples par leur austérité, le rejet des sacrements – en particulier celui du mariage – ne favorise pas la sainteté des fidèles. Quelle importance, puisque le consolamentum, « baptême cathare » donné in extremis, leur ouvrira le ciel ? Mais qu’en est-il de la connaissance et de l’amour de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme ? Qu’en est-il de la réponse de l’âme chrétienne à la Passion rédemptrice ? S’il n’y a pas de mystère de l’Incarnation, que devient le sacrifice de la Croix ? Et le souhait de Jésus en Saint Jean : « Qu’ils Vous connaissent… » ? Oui, nous comprenons le cri de saint Dominique : « Que vont devenir les pécheurs ? » Péché d’infidélité, fruit de la méconnaissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Et le jeune prêtre de pleurer sur ces villes et ces bourgades, car la destruction de la Foi, « commencement de la vie éternelle » sépare les hommes de la Charité de Dieu.

Les armes de la charité

La vie de celui qui deviendra le Père d’un nouvel Ordre prend alors, après quelques détours, sa mission et sa signification : vivre de la vie apostolique, « suivre nu le Christ nu », pour conduire les âmes à Jésus-Christ, ces âmes qu’il faut d’abord arracher à l’hérésie. Avec quelles armes ? Celles de la prière, de la pénitence, de la Parole de Dieu. Saint Dominique, infatigable marcheur, priait sans cesse en chemin, il aimait « chanter l’Ave Maris Stella » et le Veni Creator. Il célébrait la messe « tous les jours, s’il le pouvait », répètent les témoins, qui semblent souligner un fait peu courant. Une fois le premier couvent fondé à Toulouse – couvent de frères car le couvent des sœurs de Prouilhe est la première fondation du saint – c’est la prière liturgique qui va s’élever avec sa régularité et sa puissance d’intercession. Mais saint Dominique est aussi soucieux de la prière des fidèles et ce n’est pas sans raison que la Vierge lui confia son Rosaire : de sa prédication, nous n’avons pas d’écrit, puisque saint Dominique n’a laissé aucun texte. Comme Socrate, comme Jésus surtout, ce pédagogue, vrai conducteur des âmes, gravait son enseignement dans les cœurs, à charge pour ses fils de transmettre son esprit. Que grave-t-il dans l’âme des hommes, des femmes et des enfants qui se pressent autour de lui ? La vie de Jésus, son Incarnation surtout, puisqu’elle est reniée par les cathares. Et se dévoilent tous les mystères de l’enfance du Verbe, vrai Dieu dans sa conception, vrai homme dans sa naissance. Puis, ce sont les tableaux de la douloureuse et pourtant bienheureuse Passion, avec les souffrances d’un homme qui est Dieu : divinité exaltée et reconnue à la Résurrection et à l’Ascension, exaltation à laquelle participe sa Mère. Qui ne voit que c’est tout le Credo qui est ici expliqué ? Et non seulement expliqué, mais médité, contemplé, source de grâce pour les fidèles qui écoutent et qui prient, avec les prières du peuple chrétien, le Notre Père et le Je vous salue Marie.

L’âme de saint Dominique ? Une âme rayonnante, remplie d’intense charité pour Dieu et pour le prochain : il n’est que de lire les textes des dépositions lors du procès de canonisation, textes si brefs dans leur forme stéréotypée, et d’où se dégage pourtant une impression extraordinaire de charité, de force et de douceur, reflet de la personnalité du saint. Saint Dominique continue à vivre dans son Ordre et nous pouvons voir dans ses fils et ses filles d’autres aspects de son âme lumineuse, évoquée ici de manière si brève, si partielle et finalement si incomplète.

Esprit de famille

« L’œuvre du saint est sa vie même dit Bernanos qui voit l’Ordre des Prêcheurs comme la charité même de saint Dominique réalisée dans l’espace et le temps ».

Le Père se retrouve dans son Ordre et ses fils sont innombrables, chacun différent, voire original (aux deux sens du terme !) mais avec cette ressemblance qui fait s’exclamer : « Il est bien de la famille ! » La ressemblance entre les membres de l’Ordre, où la trouver ? Dans l’esprit de prière qui fit d’un Père Vayssière l’ermite rayonnant de la Sainte-Baume ? Dans l’amour de l’étude incarné par le Père Lagrange, lui qui n’admit jamais que ses recherches puissent le séparer de la charité ? Dans le zèle du Père Lacordaire, cette volonté d’aller à la recherche des âmes de son siècle pour les mener au Christ ? Dans l’acceptation du martyre et le témoignage du sang versé donné par le Père Captier et ses frères ? Ou dans les multiples formes de la charité fraternelle illustrées par les religieuses du Tiers-Ordre ?

Des saints pour notre temps

Si tout homme est image de Dieu, l’Ordre dominicain est lui aussi image de la divinité : il a sa « trinité » : le « doux Père » Dominique, le fils qui exprime la pensée du père par son verbe : saint Thomas d’Aquin, théologien à l’intelligence lumineuse et humble, dont les paroles à la réception du viatique expriment le sens de toute sa vie : « Je te reçois, prix de mon salut, pour l’amour de qui j’ai étudié et veillé, que j’ai prêché et enseigné. » Enfin, la flamme d’amour et de force, sainte Catherine de Sienne.

Si l’Ordre des moniales vint en premier dans les fondations de saint Dominique qui eut toujours pour elles prédilection et délicatesse, la plus grande sainte de l’Ordre est pourtant une tertiaire. Mystique et femme d’action, celle qui fut nommée la « Jehanne d’Arc de la Papauté », connut les épreuves avant et après le retour du Pape à Rome. Elle est bien une sainte pour notre temps, avec ses appels au courage, son insistance à conseiller de recourir « au sang de Jésus » dans la Pénitence et l’Eucharistie, sa lumineuse image de la « cellule intérieure ». Par monts et par vaux, toujours entourée de disciples, d’âmes en quête ou de curieux, elle nous apprend à nous isoler au plus profond de l’âme où, si nous le voulons, Dieu nous attend : la cellule intérieure habitée par la grâce. Comme un refrain, un mot d’ordre ou une devise, les mêmes mots reviennent à la fin de toutes ses lettres : « Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu, doux Jésus, Jésus amour. »

Regard sur un inquisiteur

Nous voilà loin des inquisiteurs… et pourtant ! La dévotion dominicaine n’a-t-elle pas ajouté un quatrième modèle – et là nous changeons d’image, ce sont les quatre roues qui portent le char de l’Ordre. Mais cette fois, nous y sommes ! Il s’agit bien d’un inquisiteur ! Saint Pierre de Vérone, si souvent représenté par Fra Angelico, si présent dans la vénération des Frères, était en effet « inquisiteur de la foi ».

Il en est mort, assassiné par ceux-là même qu’il combattait. Son témoignage est magnifique : frappé à la tête, incapable de parler, il parle encore avec son sang qui se répand, en écrivant « Credo », le mot de la foi.

Beau témoignage, nous dira-t-on, mais où est la charité ? Et la miséricorde, si chère à saint Dominique ? Elle n’est pas loin, elle est là, toute proche, prête à passer de l’âme du martyr à celle de son bourreau. Car cet homme, nous le connaissons aussi : converti par celui-là même qu’il a tué, il le rejoindra dans l’Ordre d’abord, comme frère convers ; dans le tombeau ensuite, puisqu’à sa mort on ouvrira la sépulture de saint Pierre martyr pour lui joindre son frère ; dans la sainteté enfin : Carino, celui qui fut l’homme de la vengeance des manichéens est vénéré dans l’Ordre comme un saint.

Oui, malgré mensonges et méconnaissances, on ne peut empêcher le visage de saint Dominique de briller et d’illuminer. L’attraction de son exemple et de son Ordre dissipe les fumées de l’erreur de ceux qui ne savent pas : « Ils invoquent contre lui la science et il l’a plus chèrement aimée qu’aucun d’eux, la lumière… et elle déborde de lui » (Bernanos).

Saint Dominique, qui ne parlait « qu’à Dieu ou de Dieu », continue à nous dire la charité du Christ, la tendresse de la Vierge Marie, la sollicitude du Père pour l’Église et les âmes.

Lumière de l’Église, faites-nous aimer la Vérité et donnez-nous un cœur d’apôtre.

Lector






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Mise à jour le 5 novembre 2015