Association Renaissance Catholique

Agenda

Deux défis majeurs pour la France par Laurent Dandrieu et François Billot de Lochner
Lundi 27 mars à 20 h 30 au Théâtre Montansier, 13 rue des réservoirs 78000 Versailles

Nouveauté


Renaissance Catholique n° 145


L'association

Renaissance Catholique est un mouvement de laïcs qui agit pour la défense de la vie et de la famille et œuvre pour la restauration des valeurs chrétiennes dans la société française.

Lettre d’informations

Adhésion

Abonnement

Don

Renaissance Catholique
13 avenue de la Paix
92130 Issy-Les-Moulineaux

Téléphone : 01 47 36 17 36

nous contacter

 


Revue, Mars / Avril 2011



Extrait de Renaissance Catholique n° 116 – pp. 6 à 8.

Le puzzle de l’intégration - Les pièces qui vous manquent

Par Jean-Pierre Maugendre



Malika Sorel a vécu ses dix premières années en France, avant de suivre ses parents en Algérie et d’y poursuivre sa scolarité. Après avoir terminé l’école polytechnique d’Alger, elle revient en France, où elle suit le troisième cycle de Sciences Po. Professionnellement elle est d’abord ingénieur d’affaires puis chargée de recrutement de cadres de PME. Elle est aujourd’hui membre du Haut-Conseil à l’intégration.

En 2007, elle publie Le Puzzle de l’intégration - Les pièces qui vous manquent.

Malika Sorel ose, sur ce sujet de l’intégration soigneusement balisé par le politiquement correct, un ouvrage courageux, intelligent et solidement argumenté. Il faut en effet du courage pour oser écrire :

  • « Si la France était l’enfer qu’on décrit, elle ne continuerait pas de symboliser le rêve pour les peuples résidant en Asie, en Afrique noire ou au Maghreb »,
  • « Un migrant ne peut percevoir l’utilité de l’apprentissage de la langue française si c’est l’administration qui apprend sa langue »,
  • « Un faible niveau socio-économique n’est pas synonyme de difficulté à s’intégrer, de même qu’un niveau socio-économique plus élevé est très loin de garantir à lui seul une bonne intégration »,
  • « La question est de savoir si la France peut admettre que les familles qui arrivent sur son sol transmettent à leurs enfants tous leurs repères, y compris ceux qui vont les placer en porte-à-faux avec la société d’accueil »,
  • « La langue française est porteuse d’une vision du monde et de la société qui n’est pas la même que celle que portent des langues comme le japonais, le chinois ou l’arabe »,
  • « Il n’est raisonnablement plus possible de penser que ce sont systématiquement les Français d’origine européenne qui excluent ou rejettent les autres ».

Universitaire française d’origine algérienne, Malika Sorel a cherché à comprendre, sans tabous, pourquoi des millions de personnes issues de l’immigration avaient tant de mal à se sentir françaises et a fortiori à être perçues comme telles. La première moitié de l’ouvrage est consacrée à une critique extrêmement serrée et argumentée de la « discrimination positive » telle qu’elle existe et a échoué aux États-Unis. Malgré cela des idéologues, toujours en retard d’un métro sur ce qui se passe aux États-Unis, rêvent d’imposer à la France ce mode de réduction des inégalités totalement étranger à notre tradition aussi bien nationale que républicaine. Ils y voient la martingale capable de résoudre toutes les difficultés posées par l’installation de millions de migrants dont l’errance semble s’être achevée sur la douce terre de France.

Malika Sorel pousse le bon sens jusqu’à dénoncer le prurit de repentance sans cesse renouvelé de nos hommes politiques et à préconiser le retour aux méthodes syllabiques d’apprentissage de la lecture afin que les enfants de l’immigration maîtrisent mieux la langue française.

C’est dire si ce travail est précieux ! L’immense mérite du livre de Malika Sorel est, en effet, d’identifier clairement le hiatus initial d’où tout procède : « L’objectif de l’immigré est d’améliorer ses conditions de vie ; il n’est en aucun cas de rejoindre la communauté nationale du pays qui l’a accueilli ». Il se crée ainsi sur le territoire national des communautés fondées sur des appartenances ethniques et raciales étrangères aux modes de vie et aux habitudes des populations indigènes.

Des enclaves sur le sol français

Cependant la réflexion de Malika Sorel ne semble pas aller juqu’au bout de prémisses si prometteuses. Ainsi, évoquer ce que le monde occidental doit aux « civilisations grecques et romaines, à la Renaissance, au siècle des Lumières » c’est bien ; ne pas citer le christianisme comme élément constitutif de l’identité culturelle de l’Europe c’est se condamner à ignorer beaucoup de choses. Comment ne pas être, de plus, stupéfait que dans ces 268 pages consacrées à l’immigration le mot islam ne soit pas employé une seule fois et celui de laïcité usité avec beaucoup de parcimonie ? Manifestement, l’auteur n’est pas à l’aise avec le fait religieux. Ce sont pourtant des interdits ou des pratiques d’origine religieuse qui créent le plus grand nombre de frictions entre « de souche » et « migrants ». Les débats autour de la nourriture dans les cantines scolaires, les piscines non mixtes, les prières dans la rue du vendredi, la construction de mosquées… sont quotidiens et absents des réflexions de l’auteur.

Comme tant d’autres, Malika Sorel identifie la France et la République : « Chaque fois qu’elles s’inscrivent dans le respect des lois et de l’idéal de la République française, les Français admettent les différences culturelles ». Si la France naît sur les fonts baptismaux de Reims à Noël 496, sur cette longue période de quinze siècles la République n’en représente même pas deux de manière ininterrompue. Dans Le Puzzle de l’intégration, la question religieuse reste une pièce maîtresse, tant le culturel est toujours sous-tendu par le religieux.

Une fois de plus un ouvrage traite des moyens d’intégrer des populations étrangères à notre civilisation sans traiter de la question préalable : pourquoi intégrer ces populations ? Si la réponse du point de vue du pays d’accueil est évidente : pour accéder à « un vivre ensemble » apaisé, personne ne semble s’interroger sur ce qui peut motiver aujourd’hui, chez un migrant, une volonté d’accéder à la nationalité française. La motivation ne peut pas être économique car aucune aide publique (RSA, allocations familiales…) n’est accordée sous conditions de nationalité. Cependant il est certain que la détention de la carte nationale d’identité rend son titulaire inexpulsable et ainsi assuré, à vie, de profiter, en France, de conditions de vie plus favorables que celles de ses ex-compatriotes restés « au pays ». Les intellectuels de la droite caviar ou ceux de la gauche saumon sont à ce point aveuglés par l’idée qu’ils se font de la supériorité de leurs valeurs et de leur mode de vie qu’ils n’imaginent pas que certaines populations ne soient absolument pas désireuses de devenir françaises. Le droit du sol crée ainsi selon l’auteur, sans qu’ils ne le désirent, des « Français de papier » qui vivent cette récupération comme une violence contre laquelle ils se dressent et qui explique la haine de nombreux « jeunes » contre tout ce qui représente, pour eux, la France : police, services publics, école… L’auteur insiste, opportunément, à de nombreuses reprises sur la nécessité pour les migrants de réfléchir en leur âme et conscience à ce qu’est la France pour eux et à leur manière de rejoindre et de s’approprier l’identité française.

Certains argumentent (pour justifier leur inaction ?) que ces populations finiront par s’intégrer naturellement, après quelques frictions de réglage, comme le firent avant elles les Polonais, les Italiens ou les Portugais arrivés en France tout au long du XXe siècle. Malika Sorel ne partage pas cet irénisme. En effet il existe de nombreuses différences entre les deux phénomènes :

  • ces immigrations d’origine européenne provenaient d’une aire culturelle et ethnique identique à celle du pays d’accueil.
  • les conditions de transport et de communication rendaient le lien avec le pays d’origine de plus en plus ténu au fil du temps. Il n’était pas question de retourner chaque été dans son pays d’origine ni d’en suivre l’actualité au jour le jour.
  • devenir français c’était associer son destin à celui d’un pays au rayonnement et à la puissance universellement reconnus. A cet égard les repentances constantes et la culpabilisation permanente ne peuvent que jouer un rôle dissuasif pour les éventuels candidats à l’intégration.
  • jamais ces flux migratoires n’avaient atteint les volumes actuels, une bonne partie des migrations actuelles étant plus des migrations de peuplement que de travail, ce qui n’a pas toujours été le cas
  • il existait des instruments d’intégration : l’école, le service militaire, l’Église aujourd’hui passablement en panne.N’est-ce pas d’ailleurs une nouvelle définition de l’intégration qu’a validée le Conseil des ministres « justice et affaires intérieures » du 19 novembre 2004 en énonçant comme premier article des « Principes de base communs de l’Union européenne » : « L’intégration est un processus dynamique, à double sens, de compromis réciproque entre tous les immigrants et résidents des États membres. » Qu’en termes délicats ces choses là sont dites…Malika Sorel se pose en héritière des « hussards noirs de la République » et pense que la solution se trouve dans la restauration d’une école d’État type-IIIe République transmettant l’amour de la France aux enfants malgré les éventuelles réticences de leurs parents. Ce programme se heurte malheureusement à trois difficultés très concrètes :
  • les hussards noirs ont disparu et leurs héritiers ont généralement autant la haine de la France que leurs élèves,
  • quelle France donner à aimer alors qu’il n’existe plus de consensus sur ce qui constitue l’identité de la France ?
  • quels moyens coercitifs un État « débile » pourra-t-il mettre en œuvre pour se faire respecter et obéir ?On pourra regretter que l’auteur n’évoque les relations passées de la France avec ses colonies que sous un aspect négatif, semblant croire que « le peuple algérien (comprendre : les musulmans) ne se pensait pas français et rejetait l’identité française » en omettant que tout au long de la Guerre d’Algérie les musulmans présents dans l’armée française ont toujours été beaucoup plus nombreux que ceux enrôlés dans les rangs du FLN, raison pour laquelle le général De Gaulle fit désarmer ces supplétifs musulmans avant de les livrer. De plus de nombreux colonisés gardent un bon souvenir de la période coloniale sur lequel il devrait être possible de capitaliser. Les descendants des tabors marocains ou des tirailleurs sénégalais sont généralement fiers du service de la France qu’assumèrent leurs ancêtres.Reste entière la question, cruciale pour l’avenir, de savoir ce que vont devenir les populations qui, acceptant les avantages économiques que leur procure la citoyenneté française, en refusent, sciemment, les règles du « vivre ensemble », règles qui ne leur ont, d’ailleurs, jamais été explicitement formulées. Chaque tentative de remise en cause du droit du sol ou de la mise sous conditions de l’octroi de la nationalité française à la maîtrise de la langue française ou à l’engagement public de respecter certaines valeurs, par exemple par une prestation de serment, déchaîne les cris d’orfraie des ligues de vertu.

Pour ces migrants il n’y a objectivement que trois solutions :

  • adopter les mœurs et les coutumes de leur pays d’accueil, ce que firent leurs prédécesseurs, la France étant le premier pays au monde à avoir expérimenté ce que l’on appelle pudiquement la « transition démographique », c’est-à-dire une baisse importante et volontaire du taux de natalité. Qui aujourd’hui, cependant, a envie de devenir Français par simple amour de la France, de sa langue, de sa civilisation, de sa terre et de son peuple ?
  • retourner dans leurs pays d’origine dont le souvenir est sans cesse magnifié. Il semble qu’il y ait peu de volontaires pour ce pourtant si légitime « retour au pays »,
  • continuer à vivre ici comme « là-bas » et ainsi laisser se développer des communautés étrangères au destin de la France avec leurs propres lois et usages. C’est la solution vers laquelle nous nous orientons par manque de courage politique mais à laquelle une part importante de la population française dite « de souche » est profondément réticente.L’ouvrage de Malika Sorel est à lire absolument malgré ce qu’il comporte d’incomplet, le droit à chacun de s’installer là où il a la possibilité de profiter du maximum d’avantages économiques lui semblant, par exemple, indiscutable. Malika Sorel a fait, à 30 ans, le choix volontaire et très certainement désintéressé de devenir française. Elle aime la France et à partir de là tout devient possible. Il semble cependant que l’auteur n’ait encore fait qu’effleurer les insondables richesses du pays auquel elle a lié son destin. Aimer la France, ce n’est pas aimer une idée fut-elle généreuse c’est aimer une réalité concrète constituée de paysages naturels, d’œuvres artistiques, d’événements historiques, d’une langue, d’un peuple et d’un destin particuliers. Augustin Ibazizen, dans Le Testament d’un Berbère, peut nous aider à formuler ce que découvrira certainement Malika Sorel si elle poursuit sa quête à la recherche de l’âme de la France : « J’ai deux patries, une patrie charnelle qui est ma Kabylie et une Patrie spirituelle et d’élection qui est la France. Je souffre du conformisme idéologique qui consiste à la vilipender, à la ramener au rang des nations méchantes, égoïstes, sectaires, racistes, incorrigibles. Je sais d’expérience que certains de ses fils peuvent être tels, mais je sais aussi tous les trésors qu’elle m’a ouverts. Il me suffit de refaire en pensée le survol que j’ai imaginé tant de fois : partir des tours de Notre-Dame, frôler la Sainte Chapelle, survoler le Louvre, filer vers l’ouest, ralentir au-dessus du palais de Versailles, passer entre les deux tours de la cathédrale de Chartres pour venir se poser sur le doigt effilé du Mont-Saint-Michel et, de là, rêver de tout ce qui reste à revoir ou à découvrir de la royale vallée de la Loire, avec ses châteaux et l’ensemble du territoire avec ses cathédrales, ses musées, ses laboratoires, ses savants et ses saints. Comment appartenir à un tel pays et ne pas savoir ce qu’il représente ? ».

Redécouvrir la France comme Psichari

Un officier français, tourmenté, retrouva il y a un siècle la paix et redécouvrit l’âme de la France, qu’une tradition familiale récente lui avait cachée, au contact de l’islam et de l’âpre beauté du désert mauritanien. Dans deux ouvrages brûlants, Les voix qui crient dans le désert et Le voyage du centurion, Ernest Psichari décrit son itinéraire spirituel, dont j’extrais la réflexion suivante, pour ouvrir à Malika Sorel de nouveaux horizons, elle qui a eu le courage de commencer à déplacer la pierre du tombeau : « Ici (dans le désert mauritanien) plus qu’ailleurs je veux être tout entier à cette France qui est la France de Jeanne d’Arc, de Pascal et de Bossuet, qui est avant tout la France militaire et chrétienne. Singulière chose que cette liaison éternelle à laquelle je reviens obstinément. On peut le dire sans paradoxe. Nul n’est pleinement français s’il n’est avant tout catholique. Ce qui est requis pour la qualité de Français c’est la foi de Saint Louis et de Jeanne d’Arc sinon leur sainteté. »

Nonobstant les analyses pertinentes et la bonne volonté de Malika Sorel, il est à craindre que l’intégration de millions d’immigrés trop nombreux et trop étrangers à notre civilisation pour s’y fondre soit devenue impossible par manque, également, de vitalité et de volonté de notre pays. Après les émeutes de novembre 2005, le maire communiste de Vénissieux, André Gérin, n’hésitait pas à écrire dans un livre intitulé Les Ghettos de la République : « Lorsque je dis que sont perceptibles les germes d’une guerre civile, je n’exagère pas, je ne noircis pas le tableau. Au contraire, je suis au-dessous de la réalité. » Inéluctablement, à vue humaine, se profile à l’horizon la submersion d’une nation vieille de quinze siècles dans un scénario type Camp des saints (ouvrage de Jean Raspail) ou, a minima, la partition, douloureuse, d’une nation qui fut une.

Jean-Pierre Maugendre

Le puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent, Malika Sorel, Mille et une nuits 2007 (Editions Arthème-Fayard), 272 pages, 14 €






Article précédent :
Le nouvel ordre moral - 20e Université d’été (...)
Article suivant :
Supplique à Sa Sainteté Benoît XVI






Mise à jour le 12 mai 2011