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Revue, Janvier / Février 2011



Article paru dans le n°115 de Renaissance Catholique

Les coptes, ces frères chrétiens d’Orient oubliés

Par Jean Alcader, président de l’association Kyrollos



Après l’attentat du 31 octobre 2010 contre la cathédrale syriaque-catholique de Bagdad (Irak) qui fit 58 morts (lire R.C. n° 114, entretien avec Annie Laurent ; et dans cette revue, page 22, le sermon du Père Alain), c’est une église copte d’Alexandrie qui a été la cible des islamistes, le 1er janvier 2011. Cette attaque a fait 23 morts et d’innombrables blessés. Cette actualité tragique nous rappelle la situation difficile que vivent au quotidien ces chrétiens d’Orient, spécialement les coptes d’Egypte, isolés et persécutés en terre d’Islam.

Le terme « copte » provient de la racine signifiant « égyptien ». Ainsi, l’engouement actuel des Occidentaux pour la culture égyptienne antique est en réalité un engouement pour la culture copte. Toutefois, l’acception actuelle de ce terme désigne exclusivement les chrétiens égyptiens de quelque confession qu’ils soient : orthodoxes (90 % des coptes soit environ 10 millions de fidèles), catholiques (350 000 fidèles), protestants et autres (environ 500 000 fidèles). L’Égypte comptant aujourd’hui 80 millions d’habitants, les coptes représentent à peu près 12 % de la population, soit la plus importante minorité chrétienne du Moyen Orient.

Les coptes, descendants de l’ethnie pharaonique, à l’origine païens et idolâtres, ont été évangélisés très tôt, dès la deuxième moitié du premier siècle, par l’évangéliste saint Marc, premier Patriarche d’Alexandrie envoyé de Rome par saint Pierre. 80 % des habitants de la vallée du Nil et du Delta devinrent ainsi chrétiens à la fin du premier siècle.

Malheureusement, au Concile de Chalcédoine en 451, le Patriarche d’Alexandrie, Dioscore, adoptant l’hérésie d’Eutichès appelée « monophysisme » (du grec monos, unique, et phusis, nature) affirmant l’unique nature divine du Christ (sa nature humaine s’étant comme ‘’fondue’’ en la nature divine) s’opposa à Rome et provoqua un schisme. L’égypte se constitua alors en église nationale autocéphale, la quasi-totalité des évêques égyptiens suivant (de gré ou de force) le Patriarche Dioscore. Dans les décennies suivantes de nombreux massacres s’ensuivirent à l’encontre des chrétiens qui refusèrent de suivre le schisme, et commença ainsi la persécution des catholiques restés fidèles à Rome.

Cette hérésie monophysite n’était pas, comme certains ont tendance à le penser aujourd’hui, superficielle ou anodine. Affirmant en fait la seule nature divine du Christ, elle eut pour conséquence, sinon la perte, au moins l’amoindrissement des dogmes essentiels de la foi chrétienne, à commencer par celui de l’Incarnation du Christ et, par voie de conséquence, celui de la Rédemption. En effet, si le Christ n’a pas réellement assumé notre nature humaine mais n’en a pris qu’une sorte d’apparence, ses souffrances –et sa mort même– n’ont pas été véritablement vécues : elles n’étaient donc pas réelles mais seulement apparentes. Selon une telle doctrine, comment le salut en Jésus-Christ pourrait-il réellement s’opérer ?

Mais grâce à Dieu ainsi qu’au labeur et à la sainteté du précédent Patriarche copte orthodoxe Kyrollos VI, mort en odeur de sainteté en 1971, et appelé communément en égypte par tous les chrétiens « Baba Kyrollos », des accords entre l’église copte orthodoxe et Rome ont été préparés puis signés après le décès du patriarche, en 1972, accords reconnaissant les deux natures divine et humaine du Christ. La question du monophysisme qui avait perduré chez les coptes orthodoxes durant plus de quinze siècles disparaissait donc à cette occasion… Non sans laisser cependant dans la conscience collective copte des traces certaines qui, nous l’espérons, s’effaceront avec le temps.

Quant à l’Église catholique, renvoyant dos-à-dos le monophysisme et son opposé le nestorianisme, elle a toujours soutenu l’unité de Personne du Christ en deux natures distinctes : « Jésus, assumant deux natures ». On retrouve dans la liturgie latine des échos de ces controverses théologiques orientales à travers des expressions claires telles : Jésus « vrai Dieu et vrai homme », « homme-Dieu », « Dieu fait homme », « Dieu parmi les hommes », etc.

Il est ici essentiel de bien distinguer les “coptes orthodoxes” des ”orthodoxes Russes” ou d’autres branches dites “orthodoxes” qui n’ont de commun avec les coptes que le nom ! Ce serait un grave anachronisme que de penser que les uns et les autres sont les héritiers d’un même schisme d’avec l’église (en l’occurrence du grand schisme d’Orient de 1054) ou qu’ils portent tous le nom “d’orthodoxes” parce qu’ils soulèvent les mêmes questions théologiques ou soutiennent les mêmes idées doctrinales. Les coptes orthodoxes nés du schisme monophysite de 451 n’ont rien à voir avec les autres chrétiens issus de courants du même nom, ni dans leurs origines schismatiques, ni dans leurs questionnements théologiques et encore moins dans leur tradition liturgique absolument propre (rite copte) puisqu’ils sont apparus plus de cinq siècles avant le schisme d’Orient, c’est-à-dire bien avant les grandes controverses orthodoxes !Une communauté copte peut se définir comme : d’esprit monastique, forte dans sa foi, fervente, unie, vivante et dynamique, sous dhimmitude, pauvre, persécutée et courageuse dans l’adversité.

Une communauté d’esprit monastique

L’âme copte est, par nature, monastique. N’oublions pas que le monachisme est né en Orient (spécialement dans les déserts égyptiens) avec de nombreux saints moines ou ermites, à commencer par les grands saint Antoine du désert et saint Pacôme. Monachisme oriental établi durant des siècles bien avant de s’implanter en Occident. Les Pères du monachisme ou de l’érémitisme (appelés encore « Pères du désert ») jusqu’au VIe siècle sont tous orientaux.

De plus, à cause des nombreux dangers qui les menaçaient consécutifs aux invasions musulmanes, les coptes se réfugiaient souvent, aux débuts de l’islamisation, durant des semaines, des mois ou des années dans les monastères du désert isolés et fortifiés où ils entretenaient ainsi leur foi en suivant les offices monastiques. Jusqu’à aujourd’hui, les coptes aiment à se rendre en foule dans ces nombreux monastères du désert pour y prier avec ferveur. Les moines les y accueillent chaleureusement, les bénissent, leur donnent des conseils, distribuant médailles et images pieuses. Le monde copte et sa liturgie sont donc, encore, profondément imprégnés d’esprit monastique d’autant plus que les évêques coptes orthodoxes sont toujours choisis parmi les moines du désert (et non dans le clergé diocésain qui est marié). Ils impriment ainsi un tour d’esprit monastique à tous les fidèles.

Une communauté forte dans sa foi

C’est ici, sans aucun doute, la caractéristique spécifique de cette communauté originale. On peut même difficilement la définir autrement que par sa foi forte, courageuse et fervente ! Il n’est que de voir la population qui se déplace pour se rendre à l’église quotidiennement et spécialement les dimanches et jours de fête, ou l’envahissement des monastères du désert à n’importe quelle période de l’année. Il n’est que d’assister aux offices coptes longs et vivants où la participation est fervente et constante. Il n’est que de visiter les demeures des coptes aux murs tapissés d’icônes ou de passer quelques heures avec eux durant lesquelles ils vous racontent mille témoignages des interventions divines dans leur vie. Il n’est que de constater leur courage devant les difficultés et l’adversité…

Si on compare cette communauté si fervente à nos sociétés européennes spirituellement en sommeil (ou mortes !), sociétés chrétiennes apostates où on ne va plus, généralement, à l’église qu’à l’occasion d’un enterrement, d’un mariage ou d’un baptême, où on ne voit plus un crucifix ou une image pieuse dans les familles, où parler de Dieu est presque tabou et dire un bénédicité avant le repas cause de dissension, on comprend combien ce peuple (comme les autres communautés chrétiennes orientales minoritaires) sera pour nous, Occidentaux, dans l’avenir, ferment de renouveau chrétien, de ferveur religieuse et de sainteté. C’est pourquoi, non seulement il ne faut pas les ignorer, mais il faut encore les soutenir et les inviter à nous réévangéliser…

Cette foi des coptes s’incarne d’abord dans le temps qu’ils consacrent à Dieu par la prière : les coptes prient beaucoup et longuement. Les messes dominicales (surtout pour les coptes orthodoxes) ont lieu, outre le dimanche, le vendredi (jour de congé hebdomadaire officiel en pays musulman). Elles durent environ trois heures et parfois davantage à l’occasion des grandes fêtes liturgiques de l’année. Les messes coptes catholiques sont souvent moins longues car elles ne sont pas entièrement psalmodiées à la différence des messes orthodoxes. De plus, la nouvelle liturgie autorisée par le Patriarche copte catholique est abrégée.

Lors des offices, les églises coptes sont donc bondées et souvent beaucoup trop petites pour le nombre de fidèles, particulièrement à l’occasion des temps forts liturgiques tels Noël, le carême, les Rameaux ou Pâques. Heureusement, comme il fait toujours beau (il ne pleut que quelques heures chaque année en égypte) les coptes peuvent assister aux célébrations dans les cours adjacentes aux églises.

Une communauté fervente

Pour qui a déjà fréquenté cette communauté et sa liturgie, il n’est pas possible de rester indifférent à l’atmosphère priante et fervente des offices. Tous les fidèles participent activement à la liturgie. Pas un qui reste timidement la bouche fermée : le prêtre célébrant, parfois assisté d’autres prêtres, les nombreux diacres et enfants de chœurs et la foule des fidèles, tous chantent de tout cœur et à gorge déployée pour rendre gloire à Dieu. L’ambiance est donc bien différente de celle nos églises latines aux trois quarts vides et endormies où c’est bien souvent à qui chantera le moins fort et où l’on baille à s’en décrocher la mâchoire…

En dehors des offices et des visites quotidiennes dans les églises, l’une des dévotions particulières de la communauté copte et des plus vénérées est sans aucun doute le traditionnel pèlerinage sur les pas de la Sainte famille. Terre d’asile de la Sainte Famille durant plus de quatre ans, l’égypte copte est fière de cette tradition et l’entretient avec ferveur : chaque année, les processions sur les différents lieux de passage et de vie de ces Saints Hôtes, évidemment officiellement interdites par le gouvernement musulman, rassemblent des dizaines de milliers de pèlerins coptes venant de tout le territoire égyptien. Elles se déroulent au sud de la vallée du Nil, à Assiout, lieu présumé de séjour de la Sainte Famille. Des icônes chez les orthodoxes, des statues chez les catholiques, sont emportées en procession au chant des cantiques dans les rues et sur les montagnes entourant l’une des grottes ayant abrité la Sainte Famille. Le peuple accompagné d’évêques, de prêtres, de moines, de moniales et de laïcs déambule des heures durant sous un soleil de plomb. Mais rien ne les arrête : la foi des coptes se rit des fatigues et des peines comme des discriminations ou des persécutions. L’âme copte est persévérante et décidée pour son Dieu : jusqu’au martyre.

Une communauté unie

La communauté copte est unie et pour tout dire Une. La distinction entre coptes orthodoxes, catholiques, protestants (etc.) n’est en réalité pour cette communauté si soudée que purement théorique, “sur le papier”, tout au moins pour le petit peuple. Les fidèles coptes forment en effet un corps uni dans sa foi chrétienne et ils font peu de cas de leurs différences doctrinales qu’ils ne connaissent souvent même pas. En tous cas, ils ne cherchent certainement pas à les exacerber : les divisions théologiques (parfois propres aux Occidentaux…) ne sont pas leur « tasse de thé », même si les autorités coptes orthodoxes soucieuses d’entretenir ou même de créer des différences ou des oppositions, tentent parfois de mettre de l’huile sur le feu. Les coptes sont d’abord et avant tout unis dans la foi en la Trinité, dans la fraternité et l’entraide qui leur font dépasser naturellement leurs sensibilités religieuses et forment le ciment de leur unité.

Une communauté vivante et dynamique

Socialement, la communauté copte est une micro-société pleine de vie et de dynamisme. Il suffit de rencontrer des coptes pour se rendre compte qu’ils ne sont ni endormis, ni déprimés, ni apathiques comme beaucoup de citoyens de nos sociétés occidentales. Pleins d’entrain, de caractère à la fois simple et jovial, ils se côtoient volontiers et se lient facilement d’amitié, pratiquant beaucoup la solidarité entre eux. Bel exemple pour nos sociétés occidentales endormies et égoïstes…

Même si les conditions de vie sont très difficiles à cause des discriminations dont ils font l’objet à cause des lois islamiques (la charia), les coptes n’ont pas les deux pieds dans le même sabot : ils se démènent pour trouver du travail qui manque cruellement dans ces contrées orientales qui dépassent évidemment tous les quotas de chômage que l’on pourrait même seulement imaginer en contexte occidental. Il n’est pour cela que de constater le nombre d’hommes désœuvrés attablés des heures durant aux nombreux cafés des cités égyptiennes. (à suivre)

Jean Alcader : Président de l’association Kyrollos en faveur des coptes d’égypte (des dons peuvent être adressés à l’ordre de l’association Kyrollos 8, rue des Richaudets 49150 Cheviré). Auteur de l’ouvrage Le vrai Visage de l’islam, 328 pages, 20 € (recensé dans R.C. n° 91, mars/avril 2006). Un copte de ses amis propose de venir témoigner en français.
Photos originales de M. Alcader.






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Mise à jour le 12 mars 2011