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Modifier la pensée dominante

Les 3 et 4 septembre derniers, à l’occasion des 46e Journées Chouannes, la maison de Chiré-en-Montreuil célébrait le cinquantième anniversaire de la fondation de DPF (Diffusion de la Pensée Française). Il ne nous appartient pas de dresser un bilan de ces cinquante années au service de la diffusion de bons livres mais l’occasion nous est ainsi fournie de réfléchir quelques instants aux modes de diffusion d’une pensée.

De Bossuet à Voltaire

Dans la préface de son ouvrage de référence, La crise de la conscience européenne 1680-1715, Paul Hazard observe : « La majorité des français pensait comme Bossuet ; tout d’un coup les Français pensent comme Voltaire : c’est une révolution. » C’est cette révolution intellectuelle, complétée par celle des philosophes des Lumières, qui a rendu possible, quelques décennies plus tard, la révolution politique que fut la Révolution française. Quelles furent les conditions d’une telle révolution et quelles leçons en tirer pour notre temps ?

Il y eut d’abord des hommes de talent, certains atteignant même le génie. Descartes, Malebranche, Leibniz, Locke, Rousseau, Diderot, Montesquieu, Voltaire, etc. Sur la forme et sur le fond ce n’est pas rien. Ces talents sont un don gratuit de Dieu sur lequel nous ne pouvons agir que par la prière.

Ces hommes avaient à leur service un outil merveilleux qu’ils maîtrisaient à la perfection : leur langue maternelle et une ou plusieurs langues apprises, le plus souvent le français et le latin. Victor de l’Aveyron, le célèbre enfant sauvage, avait peut-être un potentiel de prix Nobel de littérature ou de philosophie. Sa désocialisation et sa non maîtrise du langage l’ont rendu incapable de concrétiser ces éventuelles potentialités. Sans outil conceptuel adapté et maîtrisé il est impossible à une pensée personnelle de se déployer. C’était la prédiction de George Orwell dans 1984  : certaines pensées deviendront impensables car les mots pour les conceptualiser et les exprimer auront disparu. C’est aujourd’hui le programme volontaire de déstructuration des intelligences mis en œuvre par le ministère de l’Éducation nationale qui permet à de brillants ingénieurs de confesser douloureusement : « Je voudrais vous dire quelque chose mais je n’ai pas de mots pour l’exprimer. »

« Travaillez, prenez de la peine »

Mais il ne suffit pas d’être comblé de talents, il faut travailler. L’Encyclopédie – publiée entre 1751 et 1776 sous la direction de Diderot et d’Alembert – fut une œuvre gigantesque de 18 000 pages et 17 volumes d’articles écrits par 140 auteurs. Elle modifia durablement les esprits. L’œuvre de Voltaire est considérable, plus de 21 000 de ses lettres ont été retrouvées.

Au-delà de la qualité intrinsèque des travaux eux-mêmes, ceux-ci ne peuvent prétendre influer sur les idées dominantes que s’ils rencontrent un public disponible. Au sens étymologique, ce lien entre l’auteur et son public est assuré par les médias. L’invention au XVe siècle de l’imprimerie par Gutenberg, la banalisation, au XXe siècle, de la radio et de la télévision, l’expansion planétaire, au XXIe siècle, d’Internet et des réseaux sociaux ont été les différentes étapes techniques majeures permettant à une pensée d’être diffusée largement dans le public. Cependant la simple possibilité technique de diffusion d’une pensée et sa valeur intrinsèque ne suffisent pas à en assurer le rayonnement. Ainsi tous les auteurs savent que le choix d’un éditeur, et de son réseau de relations, est essentiel dans la diffusion d’un livre. Une émission de télévision ou de radio, largement suivie, permet à un public potentiel de prendre connaissance de l’existence de tel ou tel ouvrage susceptible de l’intéresser. Or ces moyens de communication de masse sont largement aux mains de journalistes acquis aux vertus de la société libérale-libertaire multiculturaliste et hédoniste. Les « dissidents » sont expulsés par le système comme le furent en leur temps Jean-Marie Paupert ou Richard Millet. Quelques personnalités hors du commun, comme Alexandre Soljenitsyne, sont l’exception qui confirme la règle car elles parviennent malgré tout à se maintenir et à « crever l’écran » nonobstant l’hostilité du système médiatique.

À contrario, un penseur de la qualité de Jean Madiran n’a jamais réussi à briser l’omerta qui le condamnait à un ostracisme social et médiatique absolu. Cette situation ne doit pas nous décourager. En leur temps, les philosophes des Lumières, ou leurs prédécesseurs, furent tous en butte à l’hostilité des pouvoirs établis. Furent ainsi mises à l’Index par l’Église, les œuvres de Descartes, Malebranche, Montaigne, Diderot, Rousseau, Voltaire, etc.

Quant à L’Emile et au Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, ils furent brûlés publiquement sur ordre du Parlement de Paris, avec l’accord de l’archevêque de Paris, malgré les intrigues de M. de Malesherbes, responsable de la censure en France mais aussi ami et protecteur de Rousseau.

Les réseaux sociaux bouleversent, en partie, la donne car ils sont en mesure de contourner les ukases des «  faiseurs d’opinion  » autoproclamés ainsi que certaines contraintes législatives. Le succès de Donald Trump aux Etats-Unis est, aussi, celui de twitter, facebook et instagram.

Trouver un public

Enfin une pensée ne peut prétendre à une forme de rayonnement et d’influence que si elle s’avère capable de rentrer en résonance avec les attentes, plus ou moins conscientes, d’un public. Le mythe du « bon sauvage » doit, en bonne part, son succès à la découverte du Nouveau monde qui posait des problématiques jusque là inconnues.

Sans la défaite de 1870 et la Commune de Paris, ce que l’on a appelé le « roman national » n’aurait sans doute pas existé. C’est à un appel constant au renouvellement de la pensée, dans la fidélité au réel, que nous appelle un monde inquiet, confronté chaque jour à de nouveaux défis.

En 1926, le futur cardinal Journet avait fondé une revue religieuse et culturelle portant le beau nom de Nova et Vetera. Il expliquait ainsi son programme : « Nous ne travaillons pas à “revenir au passé”. (…) Mais il ne nous suffit pas, non plus, qu’une chose ait rompu ses attaches profondes avec le passé pour qu’elle nous paraisse admirable. Nous n’arrivons ni avec un “christianisme nouveau” ni avec une “philosophie nouvelle”. (…) Nous ne serons ni rétrogrades ni aventuriers. Ce sont là des manières d’opposer les choses nouvelles et les anciennes [nova et vetera], qui ne nous plaisent guère et qui semblent mettre en demeure de choisir les unes et les autres. Ce dilemme, nous le rejetons ».   Plus proche de nous dans le temps, le père Calmel o.p. (1914-1975) n’avait-il pas écrit son ouvrage sur l’éducation des jeunes filles : École chrétienne renouvelée ?

Voici donc le chemin ouvert pour remonter la pente qui mène de Voltaire à Bossuet sans oublier que le premier service que l’on doive à la vérité c’est de ne pas la rendre ennuyeuse mais au contraire belle, joyeuse et enthousiasmante même si elle reste toujours, par nature, exigeante.

Jean-Pierre Maugendre






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Mise à jour le 25 septembre 2016