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Revue, Août / Octobre 2011



Texte paru le 5 août 2011 dans le journal Présent

Ni parité. Ni diversité. Ni laïcité.

Par Jean-Pierre Maugendre

Le solennel et émouvant hommage national rendu le 19 juillet dernier en l’église Saint-Louis, puis dans la cour d’honneur des Invalides, à sept militaires français tués en Afghanistan s’est révélé de bout en bout totalement incorrect, du moins selon les canons de la bien-pensance contemporaine.

Ni parité.

En effet, à l’heure de la parité législativement obligatoire, les sept victimes étaient tous des hommes. Intolérable atteinte à l’égalité homme-femme dont personne, fort justement, ne s’est plaint. Chacun imagine que l’émotion eût été encore plus vive si une des victimes avait été une jeune femme, peut-être déjà maman. Quoiqu’en pensent et disent les idéologues, si l’homme peut être contraint à donner la mort le rôle, irremplaçable, de la femme est de donner la vie. On peut penser que lors de sa récente mission en Afghanistan, pour améliorer la sécurité de nos forces, le général Irastorza, chef d’État-Major de l’Armée de Terre, a dû insister sur la nécessité et les moyens de limiter les pertes humaines notamment celles susceptibles d’affecter le personnel féminin. En octobre dernier le Quotidien du médecin traitait des difficultés que pose la féminisation de la médecine militaire. Par exemple de nombreuses femmes médecins militaires, peut être jeunes mamans, sont plus que réticentes à partir six mois en Afghanistan. Ce n’est donc pas un hasard si les femmes ne représentent que 5% des effectifs engagés sur ce théâtre lointain. Anne Lauvergeon ne semble pas s’être indignée du fait que la sécurisation des mines d’uranium, exploitées par Areva au Gabon ou au Niger, soit majoritairement assurée par des « mâles blancs »…A l’heure du plus grand péril la nature reprend ses droits et l’accomplissement de la mission devient l’objectif prioritaire. Ce n’est alors en rien nier l’allant, le courage, le professionnalisme ou le dévouement des personnels militaires féminins, c’est prendre en compte des données physiques et psychologiques tout simplement naturelles et la complémentarité des vocations. A cet égard le témoignage de Geneviève de Galard dans son émouvante autobiographie Une femme à Dien Bien Phu est très éclairant. Aux légionnaires et aux parachutistes la défense des points d’appui aux noms si délicatement féminins : Isabelle, Éliane, Huguette… à Geneviève de Galard l’aide aux blessés nonobstant sa fonction d’origine de convoyeuse de l’air.

Ni diversité.

Comme si cela ne suffisait pas les sept militaires honorés étaient tous, disons de type caucasien et dotés de noms patronymiques fleurant bon notre terroir de France : Gauvin, Guéniat, Marsol… Il s’agit là encore d’un fait. Si la diversité a pris sa place, voire toute la place, dans l’équipe de France de football elle semble se manifester de manière plus discrète dans nos forces armées. Notons cependant que parmi les 70 morts en Afghanistan on dénombre neuf tués originaires de nos DOM-TOM, donc, quelle que soit la couleur de leur peau, aussi français que Dupont ou Kerdoncuf, cinq légionnaires d’origine slave, français par le sang versé, et un militaire d’origine sénégalaise.

Monseigneur Ravel, évêque aux Armées, dans sa belle homélie a évoqué la fierté Quand notre équipe nationale triomphe sur les stades. Mais nos joueurs n’y risquent que leur réputation et on pourrait ajouter : en espèrent argent, reconnaissance et gloire. Quand le risque est de mourir pour la France les qualités physiques et athlétiques des noirs, reconnues officiellement par la Fédération Française de Football, semblent moins mises en avant.

Un bon signe d’intégration des populations, étrangères à notre histoire et à notre civilisation, mais installées durablement sur notre sol, serait la présence parmi nos probables prochains morts en opex, ce qu’à Dieu ne plaise, au fond de la vallée de la Kapisa ou ailleurs de jeunes aux noms exotiques qui auront accepté de faire à la France le sacrifice de leur vie nonobstant qu’il existe, tous les témoignages opérationnels le confirment, des sous-officiers et des soldats d’origine maghrébine au comportement exemplaire, animés par un véritable patriotisme au service de leur nouvelle patrie. Le délitement de l’école, publique ou privée, et la crise larvée qui ronge l’Église catholique depuis cinquante ans font que l’armée reste le creuset d’intégration privilégié au sein duquel existe une véritable cohésion, au service de la France, quelle que soient la race et la culture d’origine de ses membres. Il faut, à cet égard, espérer que la malheureuse mutinerie à bord du porte-avions Foch en 1999 d’une trentaine de jeunes français d’origine maghrébine mécontents de la mission qu’ils accomplissaient au large du Kosovo restera un acte isolé.

Ni laïcité.

Ultime atteinte au politiquement correct le service religieux, présidé par monseigneur Ravel, évêque catholique aux Armées en la cathédrale Saint Louis des Invalides. Il n’y eut là ni messe, ce qui vaut sans doute mieux, ni service œcuménique ni « gélinettes » larmoyantes mais une cérémonie digne portée par le chant de l’introït de la messe des morts, Requiem aeternam dona eis domine, et un prône épiscopal exaltant le service de la France. C’est dans le Christ ressuscité que le prélat trouva la source d’une espérance qui ne trompe pas.

Pendant une heure c’est d’une autre France que celle dans laquelle nous (sur)vivons quotidiennement qu’il nous a été parlé. Des mots médiatiquement oubliés, inconnus ignorés ont refait surface. Des valeurs intellectuellement méprisées, bafouées, ridiculisées ont été exaltées.

Monseigneur Ravel a ainsi opportunément rappelé : Être militaire, c’est avant tout ne plus s’appartenir ni même appartenir à sa propre famille…c’est appartenir à la nation…nous appartenons à la patrie plus qu’à nos proches. Sans relancer le débat initié par Jean de Viguerie sur Les deux patries cette affirmation bat en brèche deux opinions largement répandues :

  • l’individualisme hédoniste qui fait de l’homme la mesure de toute chose
  • le communautarisme musulman qui fait de l’Oumma, la communauté musulmane, la seule communauté de référence. Elle établit, enfin, un lien entre la vocation militaire et la vocation sacerdotale car le prêtre, lui non plus, ne s’appartient plus. Alter Christus, il est ainsi, pour l’éternité, un autre Christ tout donné aux âmes et à Dieu.

Quant à Mourir pour la France, ailleurs qu’en France selon l’expression de monseigneur Ravel toute notre histoire est la manifestation de cette évidence : la vocation universelle et missionnaire de la France fait qu’il n’est pas un arpent de notre planète qui n’ait été fécondé par le sang des fils de France, fils de France par le sang reçu ou par le sang versé. Il manquait l’Afghanistan à la liste, voilà qui est chose faite. Quant au bien-fondé de ces expéditions lointaines elles sont de la responsabilité de l’autorité politique et ce n’est pas d’aujourd’hui que certains sacrifices militaires peuvent paraître humainement bien inutiles, pensons par exemple à la guerre de Succession d’Autriche qui s’achève par le traité d’Aix la Chapelle en 1748, sans aucun avantage pour notre pays, ou à l’expédition du Mexique de 1861 à 1867. Un jeune officier français, exilé volontaire au cœur du désert mauritanien en des Terres de soleil et de sommeil, livrait il y a plus d’un siècle la clé de la fécondité de tous les sacrifices militaires, apparemment inutiles : Si nous croyons à la vertu du sang répandu au calvaire, comment ne croirions-nous pas, d’une manière analogue, à la vertu du sang répandu pour la patrie ? La vertu de ce sang-là est aussi certaine dans l’ordre naturel que la vertu de l’autre dans l’ordre surnaturel. Oui, nous savons que le sang des hosties offertes à la patrie nous purifie. Nous savons qu’il purifie la France, que toute vertu vient de lui, que sa vertu est infinie, que toute patrie ne vit que de sa vertu. Ernest Psichari. La mort d’un soldat, quelles que soient les circonstances et le contexte a toujours une très grande valeur qui est celle du sacrifice, du latin sacrum facere : étymologiquement faire du sacré. Le reste est littérature.

Nicolas Sarkozy a, quant à lui, exalté Le devoir, la discipline, la fidélité (sic), le courage, l’honneur, la patrie. Lyrique le président de la République a donné en exemple le sacrifice des militaires morts pour la grande cause des peuples libres qui ont payé leur liberté avec le sang de leurs soldats. La question logique est de savoir si ces soldats sont « Morts pour la France ou Pour la liberté ce qui n’est pas exactement la même chose et constitue peut-être un programme, très Révolution Française et Volontaires de l’An deux, un peu au-dessus de nos moyens actuels. Dans l’esprit du président de la République le pacte multiséculaire entre la France et la liberté du monde semble rendre les deux termes interchangeables. Nous retiendrons in fine ce bel éloge : Soldats qui êtes morts pour la France, pour accomplir la mission qu’elle vous avait confiée…vous êtes le visage dans lequel la France reconnaît ses plus belles valeurs humaines.Il y a trente ans déjà…Jean Madiran en juin 1978, au lendemain de l’opération de Kolvezi, observait : Nous en avons donc encore, bien que l’on ait politiquement tout fait pour n’en plus avoir…la France dispose, en petit nombre, mais elle dispose encore de cette sorte de soldats. Ils sont disponibles en permanence…A tout instant ils sont prêts à se faire tuer n’importe où dans le monde et pourquoi ? Pour la France…Ils sont dans une vocation dont nulle part on ne parle plus avec honneur ou même avec amitié : ni à l’école ni à la télévision…les vertus militaires existent encore chez quelques uns…Il faut néanmoins, comme toutes les autres vertus, que les vertus militaires soient cultivées, qu’elles soient exercées avec patience et énergie, qu’elles soient encouragées et honorées : il le faut sous peine de les voir s’anémier ou même disparaître. Il le faut mais l’Etat ne s’occupe nulle part de le faire au niveau décisif : au niveau « culturel », celui qui forme les intelligences, les consciences, les sensibilités. L’Etat ne le fait ni dans ses écoles ni dans ses universités, ni dans ses discours à la nation. S’il survit en France des vertus militaires toujours prêtes au service de la communauté par le sacrifice de la vie, cela résulte en somme de l’initiative privée, point de l’initiative publique, démocratique et libérale avancée ; cela résulte de l’initiative, de plus en plus marginalisée, de quelques familles, de deux ou trois écoles, de l’âme hardie de quelques farouches garçons en qui brûle sourdement la flamme de la piété nationale. En trente ans ces lignes n’ont pas pris une ride. Signe d’espérance cependant : grâce aux écoles hors-contrat de garçons, créées depuis trente ans à l’initiative de familles, par la Fraternité Saint Pie X, d’autres communautés religieuses ou des associations de laïcs le nombre des établissements scolaires où brûle sourdement la flamme de la piété nationale s’est considérablement accru. De plus, bien des écoles de jeunes filles, dirigées en particulier par des religieuses dominicaines enseignantes, sont dévorées, au moins aussi ardemment que leurs homologues masculines, de ce même feu de la piété nationale.

A cet égard, il est frappant d’observer comme les campagnes de recrutement de nos forces armées mettent l’accent sur l’accomplissement de soi, l’esprit d’équipe, l’entraide… semblant négliger la notion de service ou de patrie. L’Armée de Terre interpelle ainsi les candidats à l’engagement dans ses rangs : Devenez-vous-même, ce qui ne veut pas dire grand-chose. Il sera facile de rétorquer que cela vaut bien le célèbre : Engagez-vous, rengagez-vous. Vous verrez du pays. La différence est que les rapports à la patrie d’une part et à la mort d’autre part ont considérablement évolué, sans oublier de mentionner le rôle des jeux de guerre virtuels sur internet. Qui a conscience aujourd’hui que choisir la carrière militaire c’est accepter de ne plus s’appartenir ? Cette inconscience n’est-elle pas à l’origine de nombreuses désillusions ?

Charles Maurras qualifiait l’Église de : temple des définitions du devoir  ; de manière analogique l’Armée française reste certainement un lieu privilégié, et bien isolé, de l’éducation du devoir. Hier comme aujourd’hui notre pays ne pourra perdurer dans l’être et renouer avec sa vocation et son destin que si un nombre suffisant de personnes s’approprie et vit pleinement la belle devise d’un de nos plus valeureux officiers : le général Maxime Weygand : J’ai choisi, je me suis imposé une discipline : servir qui peut être explicitée par ce commentaire du maréchal de La Tour d’Auvergne : Servir, c’est-à-dire dans un monde où tous revendiquent, donner sans attendre de contrepartie.

Jean-Pierre Maugendre
Président de Renaissance Catholique
École Navale (1976)






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Mise à jour le 12 août 2011