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Nicolas Sarkozy, la France et les religions

Éditorial de la revue n°100

Éditorial de la revue Renaissance Catholique n° 100 - Janvier / Février 2008

Á l’occasion de son intronisation comme chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean-de-Latran, le président Sarkozy a prononcé le 20 décembre dernier un discours, qui a fait beaucoup de bruit, sur sa conception de la laïcité et le rôle des religions dans la société. Tout le monde a observé, pour le déplorer ou s’en réjouir, le changement de ton avec les propos de son prédécesseur.

 Les racines chrétiennes de la France

Nicolas Sarkozy semble, comme il l’a été durant sa campagne électorale, libéré, du moins en paroles, d’un certain nombre de tabous du politiquement correct. Ainsi dans ce discours, il affirme crânement : « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes ». Ses propos pour illustrer ce que la France a apporté au christianisme sont d’un lyrisme inhabituel qui nous renvoie à son discours électoral du 24 avril 2007 à Rouen sur Jeanne d’Arc et la France. Contre la laïcité dite de combat le président de la République n’hésite pas à noter : « Les souffrances que la mise en œuvre de la laïcité a provoquées », et à déclarer : « L’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé ». Il affirme : « La laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. » Voilà une repentance bienvenue ! Elle est complétée par la réflexion suivante : « Longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. »

Faisant référence à l’encyclique de Benoît XVI, Spe Salvi, Nicolas Sarkozy note, cela peut faire sourire quand on le regarde vivre, que « les facilités matérielles, la frénésie de consommation, l’accumulation des biens soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent. » Il va même jusqu’à affirmer à propos de la laïcité et de ses propagandistes : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé… parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de la vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »

Nous nous réjouissons de ces propos mais faut-il pour autant crier au miracle ? En effet, certaines zones d’ombre semblent persister.

 La laïcité, condition de la paix civile

Après son constat sur les racines chrétiennes de la France Nicolas Sarkozy s’empresse de constater que si « le christianisme a beaucoup compté pour la France… et la France pour le christianisme… la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays ». La France chrétienne semble, pour lui, appartenir au passé : « J’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Église. » Dans son entretien le même jour avec les médias, Nicolas Sarkozy observe : « La France profonde, c’était la France des campagnes il y a 50 ans. Aujourd’hui la France profonde c’est la France des banlieues. » Il remarque : « Les Français ont des convictions, plus diverses qu’autrefois » puis en déduit « dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile ».

Mais n’est-ce pas la laïcité qui a créé les conditions de cette diversité de convictions et de pratiques, sur un même territoire, qui rendent le « vivre ensemble » effectivement, parfois, impossible ?

 Limites de la morale laïque

La pensée du président s’avère également confuse en ce qui concerne les relations entre la République et les religions à propos des questions morales. Les préliminaires apparaissent consensuels : « S’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. » Contre le risque d’arbitraire absolu Nicolas Sarkozy note justement, mais au final pauvrement, dans son discours : « La morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini… Une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité… Le danger est que le critère de l’éthique ne soit plus d’essayer de faire ce que l’on doit faire, mais de faire ce que l’on peut faire. » Le risque est identifié, mais le seul remède possible qui est l’existence d’une loi naturelle, indépendante des hommes et des événements, n’effleure pas l’esprit présidentiel.

Seules les religions détiennent la clé du bien et du mal car elles seules détiennent la vérité sur la véritable nature de l’homme. Malheureusement, pour l’état laïc, leurs conceptions du bien et du mal peuvent considérablement varier : la polygamie est commune en terre d’Islam et exclue en chrétienté. La loi civile devra donc bien faire un choix. La laïcité qui se veut au-delà du bien et du mal risque surtout de mécontenter tous les croyants. En effet, elle n’est pas le plus petit commun dénominateur pour vivre ensemble, elle est en soi (même « positive ») une religion exclusive des autres, comme nous avons cherché à le démontrer dans notre ouvrage Le piège de la laïcité. Cela d’autant plus que « dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses. »

 Ordre public et ordre moral

Pour essayer de comprendre la pensée présidentielle, il semble nécessaire de revenir sur un livre d’entretiens La République, les religions, l’Espérance (Cerf, 2004). Il écrivait ainsi : « La religion se préoccupe de l’essentiel, c’est-à-dire du sens et du pourquoi de la vie… Aux religions, le spirituel, à la République le temporel. L’équilibre c’est le devoir d’harmonie entre les deux. » Et plus concrètement : « La vie spirituelle constitue généralement le support d’engagements humains et philosophiques que la République ne peut pas offrir, elle qui ignore le bien ou le mal. La République défend la règle, la loi sans les rattacher à un ordre moral. Elle dit ce qui est autorisé ou ce qui est interdit, elle ne dit pas ce qui est bien ou ce qui est mal. La religion peut en revanche apporter cette dimension. » Suivait cette réflexion très chiraquienne : « La loi républicaine, élaborée et appliquée dans le cadre de l’État de droit, est toujours supérieure à la loi de la religion même si elles ne sont pas de même nature, l’une garantissant l’ordre public, l’autre l’ordre moral. » Les relations entre la République et les croyants risquent cependant d’être difficiles lorsque ceux-ci estimeront que les lois civiles imposent un désordre immoral, et qu’ils doivent respecter, voire faire appliquer, une loi qu’ils réprouvent en conscience.

 Relativisme religieux

La religion, malgré son étymologie, religare, relier, n’est pas pour le président de la République l’établissement d’un lien avec la divinité mais « le besoin consubstantiel à l’existence humaine d’espérer ». Dans cette optique, chacun adhère à la religion qui répond le mieux à ses besoins d’espérer et la recherche du « Vrai Dieu » est inutile, car au final peut importe qu’il existe ou pas. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy traite beaucoup de la religion sans quasiment jamais parler de Dieu (pas une fois nommé dans le discours du 20 décembre, ni dans l’entretien du même jour aux médias du Vatican, quasiment passé sous silence dans les 172 pages de La République, les religions, l’Espérance).

Sans reconnaissance d’un ordre naturel ni critères de distinction du bien et du mal comment organiser la société, en dehors d’un « dégoûtant empirisme » pour reprendre l’expression de Bernanos, qu’a peut-être lu notre président, puisque le matin même il avait remis à Benoît XVI, en cadeau, deux éditions originales de cet auteur, La joie et L’imposture ? Tout un programme ont persiflé certains… Le relativisme religieux est donc de règle avec cependant une préférence pour l’islam. Dans son livre, Nicolas Sarkozy avait déploré l’absence de l’Église dans les villes nouvelles et les quartiers : « J’aimerais bien que leurs discours (ceux des imams) croisent plus souvent celui de curés dynamiques, lesquels ne sont pas assez nombreux sur le terrain, dans les villes nouvelles et les quartiers. »

 La religion, facteur d’ordre

Comme pour Napoléon, la religion est pour Nicolas Sarkozy un facteur d’ordre et de stabilité sociale. L’Église catholique ayant abandonné une partie du terrain, le président va se tourner vers l’islam avec au cœur une autre conviction : « Dans une République, les droits des citoyens ne sauraient varier en fonction de l’ancienneté de leur installation. En période de rattrapage, il peut y avoir des aménagements… L’égalité républicaine, c’est donner à chacun en fonction de ses difficultés. » L’ancien ministre de l’Intérieur sera donc à la fois l’homme de la discrimination positive et du toilettage de la loi de 1905 dans un sens plus favorable à l’Islam. Ainsi qu’il l’écrivait : « Je ne suis pas très sensible à la sanctification des lieux » ce qui laisse prévoir des facilités pour la mise à disposition d’églises désaffectées au bénéfice de communautés musulmanes en manque de lieux de culte. Cela ne devrait pas lui attirer les foudres de l’épiscopat catholique toujours prêt à « dépanner » schismatiques, hérétiques ou infidèles à condition, comme le démontre la lamentable affaire d’Amiens, que ne soit pas célébrée la messe catholique selon la forme “extraordinaire” du rite romain.

Pour reprendre une expression connue, Nicolas Sarkozy pose de bonnes questions, mais y apporte de mauvaises réponses par absence totale de piété filiale vis-à-vis de la France et parce qu’il est empêtré dans de faux principes qui stérilisent ce que ses propos ont de bon.

Au final, Nicolas Sarkozy se veut sans doute bienveillant vis-à-vis de l’Église, mais il ne peut pas comprendre. Où l’aurait-il entendu ? Qui le lui aurait prêché ? Que l’ambition de l’Église n’est pas de mêler sa voix au concert du relativisme ambiant. Dans ce règne du relativisme absolu et de l’incohérence intellectuelle totale, le même homme peut louer les racines chrétiennes de la France et promouvoir l’IVG médicamenteuse ou le mariage homosexuel.

 La France a besoin de catholiques convaincus

Ce à quoi nous ne sommes pas habitués dans le discours présidentiel, c’est à ne pas nous faire insulter. Ce regain de considération ne doit cependant pas nous aveugler même si nous ne pouvons pas ne pas être émus d’entendre le président de la République conclure son exorde par de vigoureux propos empruntés à l’auteur de La grande peur des bien-pensants et tant de fois rappelés lors de nos Universités d’été : « L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches… L’espérance est une vertu, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté. » Nous retiendrons enfin la demande présidentielle : « La France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient… La France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance. » Il nous est agréable de faire nôtres, sans arrières pensées, les demandes du premier magistrat de France ! Goûtons cet instant de bonheur. Ils sont bien rares !
Jean-Pierre Maugendre






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Mise à jour le 7 juin 2008