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Un livre pour le dire Confiteor ou la paix de l’Église par Michel De Jaeghere

Article extrait du n° 6793 de Présent du Jeudi 5 mars 2009

Au cœur du Vatican, le face-à-face entre le cardinal préfet du Saint-Office et un vieil évêque, fondateur d’une Fraternité dissidente, tandis que dans les couloirs s’agitent les adversaires de toute réconciliation. Telle est la trame de Confiteor ou la paix de l’Eglise, la nouvelle pièce publiée par Michel De Jaeghere chez Renaissance catholique (89, rue, Pierre-Brossolette, 92130 Issy-les-Moulineaux), après son fameux Ite missa est (Présent du 25 juillet 2008).

On l’aura compris, il s’agit, avec les libertés et les contraintes de la fiction théâtrale, de rejouer le dénouement historique de 1988 par lequel Mgr Lefebvre allait se décider, malgré le protocole d’accord suggéré par le cardinal Ratzinger, à consacrer des évêques contre la volonté du Pape, dans ce qu’il appelait un état de nécessité et une opération survie en plein déluge moderniste.

Opposé aux funestes innovations conciliaires et sentant sa mort prochaine, Mgr Verdière, fondateur de la Fraternité du Christ-Rédempteur, hésite donc à accepter les propositions de pacification que lui fait le cardinal Hoffbauer, préfet du Saint-Office, au nom du Pape. Sur fond d’intrigues et de combinaisons machiavéliques fomentées notamment par le cardinal Casanostra, Camerlingue du Sacré Collège, Mgr Malversini, substitut, et quelques prélats français…

Respectant les trois unités classiques (lieu, temps, action), la pièce qui comprend dix scènes et un finale, constitue un chef-d‘œuvre de synthèse vivante, à la fois historique, psychologique et théologique. C’est bien un drame, « une tragédie » (p. 204) qui se joue, avec un dilemme et un palpitant huis clos, qui nous font davantage penser à Corneille qu‘à Molière, en dépit des personnages pittoresques du second plan (cardinal Toddi, Mgr Grogibus…).

C’est aussi un écho très authentique de ses promenades romaines que livre ainsi Michel De Jaeghere, avec une grande connaissance des arcanes et des mœurs de la curie romaine. Pour avoir été, avec lui, informateur religieux au fameux Synode extraordinaire qui eut lieu à l’occasion des 20 ans du Concile, peu de temps avant cet épisode décisif de 1988, je peux attester que l’ambiance et la ressemblance de ses personnages avec certaines personnes ayant réellement existé ne relèvent pas en effet de la pure coïncidence et que de nombreux détails ou faits incidemment rapportés au cours des dialogues, voire même certaines réparties, ne sont pas totalement inventés…

Au cœur de ce décor romain, il met ainsi aux prises deux personnalités connues qui, chacune à leur manière, cherchent à servir l’Église du Christ. Avec le talent et l’impartialité qu’on avait déjà appréciés dans Ite missa est, Michel De Jaeghere donne à chacun ses intentions, ses raisons et ses états d‘âme. C’est l’affrontement, pourrait-on dire, entre l’homme de principes et l’homme de prudence dans un cruel paradoxe de ce temps en forme d’aporie (p. 204) :

— On ne se sanctifie pas en bafouant la discipline de l’Église : vous devriez le savoir mieux que personne.

— On ne sauve pas son âme au prix d’un reniement de la doctrine irréformable des saints pères.

Ou encore (p. 192) :

— Dieu vous a donné la grâce de faire partie de l’Église enseignante, il ne vous a pas chargé de son gouvernement. Vous n‘êtes pas le pape, Excellence, moi non plus. C’est à lui que nous devons obéissance, même lorsqu’il nous arrive de mal comprendre sa conduite. Il n’y a rien de plus catholique que cette soumission de l’intelligence à la hiérarchie, il me semble. Qu’en serait-il, sans elle, de l’unité de l’Église ?

— Quelle signification peut avoir l’obéissance, lorsque le pape dit chaque jour le contraire de ce qu’ont enseigné ses prédécesseurs avant lui ? L’unité de l’Église ne se déploie pas seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps…

On mesure combien cette pièce allégorique, qui regorge de tels propos, arrive à point nommé après la levée des excommunications des évêques sacrés par Mgr Lefebvre. Elle est, après coup, une mine pédagogique de réflexions sur le processus qui a conduit à ces sacres et à leur sanction : cette interruption volontaire de tradition que s’efforce aujourd’hui de réparer Benoît XVI par la rupture de la rupture et la réforme de la réforme, autrement dit l’« herméneutique de continuité ». Qu’on trouve fondée ou non l’option extraordinaire des sacres, le débat se poursuit aujourd’hui en quelque sorte entre les héritiers de Mgr Lefebvre et celui qui est devenu Benoît XVI, pour savoir si le Saint-Père, par les actes déterminants de son pontificat (07-07-07, 21-01-09 entre autres), n’a pas rendu obsolète cette logique des sacres. Même si tout est loin d‘être réglé, ne propose-t-il pas ainsi de sortir progressivement de l’impasse d’une aporie dans laquelle il n’est jamais bon de demeurer trop longtemps captif, en hors piste canonique, le mieux étant également l’ennemi du bien ?

— Je suis aussi réaliste et je sais qu’il serait déjà beau qu’on nous laisse faire librement l’expérience de la Tradition. pour qu’au moment où s’effondreront les illusions progressistes, Rome puisse trouver en nous les témoins de la Tradition catholique et les ouvriers du redressement de l’Église (Mgr Verdière, p. 195).

N’est-ce pas cette possibilité, voir ce « service » (p. 202), qu’offre aujourd’hui le souverain pontife à la FSSPX, dans l’Église, sans plus faire « Église à part » (Mgr Williamson) ou en restant « en réserve » (p. 203) ? Le dilemme ressurgit pour Mgr Fellay en quelque sorte à l’envers…

REMI FONTAINE

Article extrait du n° 6793 de Présent du jeudi 5 mars 2009

Via Le Forum Catholique






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Mise à jour le 12 mars 2009